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samedi 5 janvier 2013

Féroces - Robert Goolrick


Cocktails, mises en pli et tenues de soirée exigés : pour les Goolrick, les années 50, c'était le chic, le charme, au rythme des glaçons pilés. Un paradis sophistiqué. La perfection à crédit. Car le temps passe et le vernis craquelle. Le roi est nu, et c'est un monstre. Sous son irrésistible séduction, la famille la plus extraordinaire de Virginie cachait l'aigreur, la folie, le crime. Féroces... Leur héritage est un cri d'enfant qui engloutit tout : le silence, le mensonge et l'Amérique...


Pour ma première rencontre avec Robert Goolrick, j'ai choisi Féroces plutôt qu'une Femme Simple et Honnête, un choix dicté par la grosseur du bouquin (je voulais entamer un petit livre, ceci explique cela) plutôt que par l'histoire, mais qui s'est révélé vraiment percutant au final. L'auteur livre ici une autobiographie brutale et sans complaisance où les évènements liés à son passé, non contents de déranger et de révolter le lecteur, nous laissent en plus une sensation de moiteur malsaine et une profonde tristesse impossibles à ignorer. On en ressort vidé, littéralement.

Loin d'avoir rédigé une simple autobiographie, Robert Goolrick s'est appliqué à n'évoquer que les souvenirs les plus frappants, voire les plus sombres de son enfance - certainement pour donner dès le départ une direction tragique à sa confession. Déterminé à ne pas dévier de cette route, il entreprend la tâche lourde et fastidieuse d'exorciser ses démons. 

Il parle de sa famille, de son village, de ses amis, de son enfance. Il évoque son frère et sa soeur à coup d'évènements marquants et d'émotions brutes. Issu d'une famille bourgeoise mais désargentée du sud des Etats-Unis, il grandi au sein d'un foyer étrange et décadent où l'on se préoccupe des apparences avant de songer au reste. Un foyer étouffé par les échecs des parents. Derrière la façade négligée de leur maison de Virginie où l'argent manque cruellement, son père apparaît tel un héro à la Dickens, sa mère est une femme irrésistible et spirituelle, qui charme son entourage et ne se préoccupe que de sa prochaine toilette. 

C'est à un troublant voyage dans le passé que nous convie Robert Goolrick. Le style est concis et incisif et les pages se tournent jusqu'au dénouement final qui lève le voile sur ce qui a détruit l'auteur et qui nous permet d'entrevoir l’abîme de souffrance dans lequel il a plongé longtemps auparavant. Il y est question de souffrance, mais aussi d'égoïsme révoltant, de dégoût, de fureur, de reproches, de mutilations multiples. Tout y est et tout est réel.

Les cocktails rassemblent parents et amis chaque soir, les blagues fines, les bons mots et les discussions littéraires s'enchaînent dans un univers si distingué qu'il est difficile au départ d'entrevoir la réalité de ces existences si parfaites en apparence. Mais lorsque le vernis se craquelle, les joies de l'enfance, le parfum de la campagne, les souvenirs d'école disparaissent alors au profit des réunions alcoolisées qui dévoilent les excès des adultes - ceux qui finissent par marquer les visages et bouleverser des vies entières.

Un roman coup de poing dur à éviter si l'on souhaite aborder l'oeuvre de cet auteur. Je suis contente d'avoir commencé avec celui-là, malgré la dureté du propos.


Féroces - Robert Goolrick - Editions Pocket - 2012




2 commentaires:

  1. J'aime bien de temps en temps lire un roman coup de poing... si en plus c'est une autobiographie c'est doublement coup de poing !
    bref, je note !

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  2. @Sandy : Je te préviens : c'est vraiment fort comme roman ! L'histoire de Goolrick est terrible, mais sont talent pour la conter est magnifique...

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