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dimanche 4 novembre 2012

Duma Key - Stephen King



Duma Key, une île de Floride à la troublante beauté, hantée par des forces mystérieuses. Elles ont pu faire d'Edgar Freemantle un artiste célèbre, mais s'il ne les anéantit pas très vite, ce sont elles qui auront sa peau ! Dans la lignée d'Histoire de Lisey ou de Sac d'os, un King subtilement terrifiant, sur le pouvoir destructeur de l'art et de la création.

Encore un bouquin du King ? Et bien oui ! Après ma relecture de Ça j'ai eu envie de prolonger mon voyage dans l'oeuvre de Stephen King. Pour ce faire, j'ai jeté mon dévolu sur l'un de ses livres les plus récents : Duma Key. Autre pavé, autre histoire mêlant l'artiste à ses terreurs et à ses faiblesses avec quelques monstruosités à l'horizon, autre expérience incontournable de mon écrivain chou-chou...

C'est une fois de plus un vrai plaisir de lecture. J'ai même savourer les 200 dernières pages parce que je n'avais pas vraiment envie de reconnaître que j'arrivais au bout. S'immerger dans l'atmosphère des romans de Stephen King n'est jamais inutile ou ennuyeux. Insidieusement, il nous pousse à réfléchir sur nous-même et sur notre conception des choses. Ici encore, son personnage principal est un homme abîmé par la vie depuis qu'un tragique accident l'a privé de son bras droit, d'une partie de sa motricité et de sa femme - qui le quitte peu de temps après sa rééducation. Stephen King a imaginé un personnage masculin mortifié par les épreuves qui trouve recours dans la colère quand il se sent frustré ou acculé, et bascule à ce moment-là dans une sorte de fureur passagère où son vocabulaire s'affole. Le monde se pare alors de rouge - couleur récurrente dont le symbolisme a déjà été testé dans d'autres oeuvres.

Pour éviter la solution extrême qui lui fait de l'oeil depuis un moment, Edgar Freemantle suit les conseils de son psy et part s'exiler en Floride durant un an histoire de fuir son existence passée pour faire le point. Et peut-être réussir un jour à reprendre sa vie en main. Mais rien n'est moins sûr. Là-bas, au bord du Golfe du Mexique, locataire de Big Pink - une maison rose située au pied des vagues sur l'île de Duma Key - Eddy va doucement se reconstruire et puiser le courage de faire front avec l'aide de deux nouveaux amis et de la peinture. Car la peinture, c'est cette chose un peu abstraite qu'il a effleuré étant jeune, et dans laquelle il va se perdre avec un succès inattendu à la clé. Tout démarre sur un coucher de soleil croqué à la va-vite sur un plan de travail et se transformer rapidement en une passion dévorante dont les effets ne se font pas attendre.

Sans vouloir spoiler, que le lecteur sache seulement que la veine artistique d'Eddy va le conduire à côtoyer l'horreur. Après La Part des Ténèbres, Histoire de Lisey, ou même Misery qui transformait le talent du héro en une véritable malédiction, Stephen King évoque une fois encore l'omniprésence de l'art dans la vie de son personnage principal et son emprise sur l'âme du créateur - ici, non pas un écrivain comme souvent mais un ancien chef d'entreprise reconverti en peintre. 

En reprenant certains thèmes qui lui sont chers - le passé, le deuil, l'amitié -  l'auteur construit un récit passionnant, même si l'action se concentre surtout dans les derniers chapitres. La première partie est extrêmement intéressante et pose les bases des nombreux mystères qu'Eddy est bien déterminé à résoudre. L'origine de son nouveau talent et ses conséquences non négligeables, des évènements anciens qui ont eu lieu sur l'île liés au passé de son étrange voisine - Elizabeth Eastlake, une vieille femme richissime qui possède toute l'île et est atteinte d'Alzheimer. Entre les quatre murs de Big Pink et durant les promenades qu'il s'accorde sur la plage, Eddy explore l'art de rendre les couleurs à la perfection et découvre les ressources sans fond de l'amitié grâce à Wireman - un ancien avocat qui s'occupe à présent d'Elizabeth. Il se questionne aussi sur lui-même et la tournure inattendue qu'a prise sa vie. Est-ce que les coups reçus à la tête l'ont définitivement transformé ? Est-ce qu'ils ont contribué à débloquer une partie de son cerveau autrefois endormie, et réveillé cette soudaine aptitude nécessaire à sa guérison ? Eddy est-il possédé par son nouveau talent et est-ce lié au terrible accident dont il a été victime ? Chacun peut interpréter les réponses à sa façon.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que malgré quelques incohérences et l'absence de certains détails qui auraient été bienvenus, Duma Key est malgré tout dans la veine des grands romans du King. Si Dôme n'avait pas su me séduire totalement, j'ai été beaucoup plus sensible à cette histoire-ci. Le récit, plus fluide, met en scène des personnages moins manichéens et des comportements plus proches de la réalité. Duma Key est un roman magnifique sur le pouvoir de l'art et de l'amitié que je recommanderais à tous les amoureux du King !



Duma Key - Stephen King - Editions Albin Michel - 2009   


5 commentaires:

  1. Nouvelle tentation de ta part!
    Je le zieutais en librairie, non seulement parce que le résumé le rapproche de "Sac d'os" (si je ne me trompe) et que j'avais vraiment aimé ce titre!
    Faudrait vraiment que je reprenne du King!
    Le dernier c'était l'année dernière avec le premier tome du Fléau... que j'avais trouvé un peu longuet...

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  2. @Valeriane : Il y a un peu de Sac d'Os", d'"Histoire de Lisey", il y a même des choses qui m'ont rappelé "Rose Madder" à l'intérieur, et je suis sûre que ça te plairais si tu es fan comme je le suis ! Ce n'est pas le plus abouti de ses romans, mais j'ai adoré ! "Fléau" est un must d'après beaucoup de gens, mais ce n'est pas mon préféré à moi non plus...

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  3. Aah! bon à savoir ça qu'on a le même sentiment par rapport au fléau (enfin bon, je ne l'ai pas fini... il me reste deux tomes. Mais bon, j'étais mitigée niveau emballement).
    Je note, je note! (Bon par contre, j'ai encore une fournée de King non lu dans la biblio...)

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  4. J'ai arrêté de lire Sthephen King depuis quelques années, je trouvais ses livres un peu trop gores mais tu me donnes envie de m'y remettre. Je note.

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  5. @Dinia : Tous ne sont pas gores heureusement ! Certains comme "Coeurs Perdus en Atlantide" sont vraiment attachants !

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