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mercredi 8 août 2012

Les Filles de Mr Darcy - Elizabeth Aston



Vingt années après Orgueil et Préjugés, nous faisons la connaissance des cinq filles d'Elizabeth et Darcy. Alors que leurs parents sont en voyage à Constantinople, les demoiselles viennent passer quelques mois à Londres chez leur oncle Fitzwilliam. La découverte de la vie citadine, des plaisirs et des disgrâces qu'elle offre, associée au caractère fort différent de ces jeunes personnes, va mener à des aventures et des amours inattendues, dans un cadre particulièrement mondain, où de nombreux individus se côtoient. On retrouve avec plaisir certains personnages créés par Jane Austen.

Depuis longtemps, j'avais envie de lire une suite ou une histoire inspirée d'Orgueil et Préjugés afin de voir comment un auteur pouvait mettre en lumière le destin de certains des personnages du classique de Jane Austen. C'est toujours tentant de replonger dans les aventures de nos personnages de romans préférés et de les voir sous un jour différent, à travers le regard d'un auteur moderne qui se réapproprie leurs traits de caractères imaginés des siècles auparavant. Désormais, c'est chose faite grâce à Elizabeth Aston et aux Filles de Mr Darcy, roman qui s'impose comme une suite de l'histoire d'Elizabeth et de Darcy à travers les milles et une péripéties de leurs filles à Londres. Partis en voyage diplomatique durant de longs mois, les Darcy abandonnent leur précieuse progéniture (composée de pas moins de cinq filles !) chez Fitzwilliam (brièvement rencontré dans Orgueil et Préjugés), pour leur première saison au sein de la haute société de Londres. L'occasion pour elles de se confronter au monde extérieur après une existence protégée à Pemberley.

Cette histoire aurait pu être très sympathique si elle n'était tout simplement pas une suite du célèbre roman de Jane Austen. Après tout, le récit se lit vite et facilement, le style est sans prétention et les rebondissements sont nombreux et font passer un agréable moment au lecteur. Oui mais voilà : quel besoin d'utiliser les bases et les atouts d'un très grand classique pour construire une énième romance sans surprise ?? Je ne vois pas très bien l'intérêt quand on considère que Les Filles de Mr Darcy n'a absolument pas l'envergure de son aîné. Parce que si on souhaite s'inspirer de l'histoire des filles Bennett, voire du couple Elizabeth-Darcy, autant le faire avec brio en respectant les critères du genre, en faisant surtout preuve de la perspicacité, de l'humour subtil et du très grand talent que possédait Austen pour explorer le genre humain - tant d'ingrédients qui font tout le charme de ses romans et expliquent pourquoi, des années après, on continue à lire et à apprécier ses oeuvres.

Ici, les situations toutes plus abracadabrantes les unes que les autres ne suffisent pas à masquer le style médiocre de l'auteur. Les dialogues sont pénibles, répétitifs et parfois même assez incohérents dans le choix des expressions au vu de l'époque où se situe l'histoire. Les personnages sont incroyablement stéréotypés et le manque absolu d'affection entre ces cinq soeurs m'a tout simplement mise mal à l'aise durant toute ma lecture. Letty, l'aînée, est d'une pudibonderie extrême, elle est agaçante, voit le mal partout, s'affole pour un rien, et ne cesse de harceler les plus jeunes sans tenir compte de leur avis. Je crois que c'est celle qui m'a le plus exaspérée pendant ma lecture parce qu'elle a un don pour se rendre désagréable dans toutes les situations. Camilla, la seconde fille et le personnage central du livre d'après ce que j'ai compris, est celle par qui on découvre les évènements. Son regard sur son entourage aurait pu être perspicace ou même naïf - mais dans tous les cas intéressant - et pourtant elle n'a pas su me séduire. A aucun moment on ne se sent concerné par ce qu'elle vit. On ne cesse de nous dire que Camilla est une jeune fille pleine de chaleur et d'humour, spirituelle et moderne, et qui n'a pas la langue dans sa poche... Mouais, et bien pas vraiment. Je n'ai pas trouvé trace d'humour ni de pertinence dans ses propos et celle qu'on veut nous faire prendre pour une nouvelle Elizabeth Bennett est une pâle copie de sa mère, rien de plus qu'une fille banale et froide dont l'histoire d'amour elle-même ne m'a pas touchée. 

Contrairement à sa plus jeune soeur - Alethea - qui doit être la seule à tirer son épingle du jeu et qui reste la plus intelligente à mes yeux avec sa force de caractère, sa finesse et son amour pour la musique. Quant aux fameuses jumelles Darcy dont la beauté fait tourner toutes les têtes : oulàlà ! c'est du lourd ! De pures répliques de Lydia Bennett dans sa folle jeunesse (en pire !) vulgaires, débauchées et stupides comme ça n'est pas permis (même pour l'époque !) Avec une pareille troupe d'empotées à la maison (elles sont belles, les dignes filles de Darcy - pauvre Elizabeth qui a donné naissance à de tels énergumènes ! Je comprends mieux pourquoi ils partent s'expatrier à Constantinople au début du livre !...) j'ai presque eu pitié des Fitzwilliam qui les recueillent pour quelques mois (surtout quand on voit le nombre de problèmes qu'elles provoquent à elles seules !) Je ne parle même pas des personnages secondaires imaginés par Jane Austen et qui n'ont plus rien du charme qui était le leur dans Orgueil et Préjugés : ici, les Gardiner sont bien différents du couple rencontré auparavant et ne possèdent plus leur pudeur et leur délicatesse légendaire, Fitzwilliam est un macho de la pire espèce - désagréable et intransigeant à un point difficilement supportable, (je ne me souvenais pas de tels traits de caractère !) et seule l'ancienne Caroline Bingley devenue Lady je-ne-sais-plus-trop-quoi a gardé un peu de sa méchanceté bien connue - mais encore une fois dans des proportions ridicules où la vengeance et la bêtise côtoient allègrement l'amertume... (son frère est tout de même l'époux de la soeur de Mme Darcy et ses motivations ne m'ont pas parues très judicieuses...)

Et que dire des hommes dans tout cela ?

Et bien après la copie "Elizabeth", on a droit (comme je m'y attendais un peu) à la copie "Darcy" pour faire bonne figure... Fitzwilliam (qui était si sympathique avec Elizabeth Bennett lors de leur première rencontre) est quant à lui tellement décevant et imbu de lui-même que ça en devient parfois ridicule. Sans parler de son comportement sexiste avec les femmes de la famille. D'autres personnages secondaires font également leur apparition, mais aucun à qui on s'attache véritablement, et l'apparition en question est parfois si brève que je n'ai pas très bien compris son utilité. Je vous épargne le reste où réactions et évènements en chaîne montrent une étrange similitude avec la trame originale du roman d'Austen... là encore dans des proportions légèrement exagérées...

Maintenant, je ne suis pas idiote et je comprends bien qu'on ne puisse pas s'attendre à retrouver un récit fidèle à l'original dans le style et le bon goût ! Les deux femmes qui ont écrit ces romans n'ont pas vécu à la même époque et ont connu deux expériences de la vie très différentes. Mais le regard de l'une aurait justement pu équilibrer les choses en apportant un petit côté moderne à l'innocence et à la pudeur du récit d'Austen. Je suis juste sceptique qu'on puisse avoir envie de bâtir une telle suite à un classique de la littérature anglaise. Et qu'on puisse surtout penser que construire ce genre d'histoire avec ses gros sabots en estimant que quelques fugues amoureuses, une propension à évoquer les mots "convenable" et "bienséance", et un ou deux scandales bien sentis, sera suffisant...

Bon, il y a quand même quelques points positifs. La lecture est fluide sans être passionnante, on suit avec intérêt les déboires des unes et des autres, et je dois dire que j'ai été assez surprise de la tournure des évènements au milieu du livre. Mais tout cela ne rachète pas ce roman à mes yeux. Quand certaines situations arrivent comme un cheveu sur la soupe, d'autres sont prévisibles dès le départ. C'est vraiment dommage que l'auteur se soit limitée à reproduire à l'excès certains des personnages du récit original, sans faire preuve d'originalité et de crédibilité. Je pense qu'il y avait vraiment matière à construire un récit intéressant en reprenant les bases du roman d'Austen, en jouant sur les caractères et en faisant preuve d'un peu plus de retenue et de subtilité.

Pour conclure, Les Filles de Mr Darcy reste une histoire romanesque et légère comme il en existe des centaines, rien de plus, rien de moins.

Elizabeth Aston est également l'auteur de nombreux autres romans qui mettent en scènes les enfants de Darcy et d'Elizabeth (je suppose que les éditions Milady vont les publier) ainsi que moult cousins Darcy (la famille était apparemment prodigue en héros et héroïnes de tous genres !)


Les Filles de Mr Darcy - Elizabeth Aston - Editions Milady - Collection Milady Romance - 2012

4 commentaires:

  1. Alors, je passe... Je voulais le lire, mais il semble rien offrir d'exceptionnel. Pas de temps à perdre!

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  2. Le début de ton billet donnait très envie de découvrir ce livre mais finalement je crois que je vais m'en passer vu la suite :p Je n'ai aps envie de relire une Austen dénaturée :p Merci de penser à ma pal huhu

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  3. Un autre avis mitigé... j'aime bien les Austeneries mais bizarrement, celle-ci ne me tente pas.

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  4. @Tiphanie : Dénaturé, c'est le terme ! C'est qu'Elizabeth Aston a fait pour moi avec l'univers d'Austen. Et c'est dommage...
    @Karine :) Je pense qu'il y a bien d'autres "Austeneries" qui valent le coup ! Mais celui-ci est vraiment plat...

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