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jeudi 24 mai 2012

La Marque (Kushiel #1) - Jacqueline Carey


Vendue alors qu'elle n'était qu'une enfant, Phèdre nô Delaunay est devenue la propriété d'un noble qui a su reconnaître la marque rouge ornant son oeil - le signe de Kushiel qui lui vaut d'éprouver à jamais le plaisir dans la souffrance. Un don unique et cruel faisant d'elle la plus convoitée des courtisanes et une espionne exceptionnelle. Lorsqu'elle découvre le complot qui pèse sur sa patrie, Phèdre n'a d'autre choix que de passer à l'action. Commence alors pour elle une aventure épique et déchirante, semée d'épreuves, qu'il lui faudra mener jusqu'au bout pour sauver son peuple. Récit plein de grandeur, de sacrifices, de trahisons et de conspirations machiavéliques, La Marque dévoile un monde de poètes vénéneux, de courtisans assassins, de monarques assiégés, de seigneurs de guerre barbares... vu par les yeux d'une héroïne comme vous n'en avez jamais rencontré et que vous n'oublierez jamais.


Attention : coup de coeur !

En ouvrant ce livre, je ne m'attendais certainement pas à plonger dans une fresque aussi passionnante et originale, pleine d'aventure, de rebondissements et de manigances politiques. Le premier tome de cette trilogie nous emporte au coeur d'un continent imaginaire, similaire à notre Europe médiévale, dans lequel chaque pays est facilement reconnaissable en fonction de sa culture et de ses peuples. Et c'est au royaume de Terre d'Ange que débute l'histoire, contrée bénie entre toutes puisque c'est là qu'Elua le Béni, un demi-dieu, se serait fixé voilà des siècles avec ses compagnons. Elua, qui après avoir arpenté la Terre avec ses huit compagnons à la recherche d'une patrie idéale, a finalement jeté son dévolu en Terre d'Ange, séduit par sa prospérité et la beauté de ses habitants à qui lui et ses anges se seraient mêlés... Elua est donc une sorte de divinité que chacun des d'Angelins révère et son précepte majeur - aime comme tu l'entend - est d'ailleurs scrupuleusement respecté par tous les hommes de Terre d'Ange, peu importe leur position ou leur influence. Elua a fait un don merveilleux à l'humanité : celui de l'amour et de la volupté poussés à leur paroxysme et vécus dans la plus complète liberté, et ce don est étudié et exploité par les serviteurs de Naamah, autrement dit des prostituées de luxe qui servent les treize maisons de plaisirs existants en Terre d'Ange. Des maisons dont les thèmes de prédilection ont de quoi satisfaire jusqu'aux plus exigeants...

(Je ne vous ai pas perdu en route ? Bon, on continue...)

De chacun des compagnons d'Elua le Béni est issue une famille influente du Royaume, que Jacqueline Carey se propose de nous faire connaître au travers des aventures de son héroïne : Phèdre.

Et Phèdre est un personnage peu banal ! Vendue dès son plus jeune âge à l'une des plus prestigieuses maisons des plaisirs - celle du Cereus - et destinée à devenir une courtisane, sa différence - la marque de Kushiel, autrement dit le don de prendre plaisir dans la souffrance et qui se traduit, dans son cas, par une marque rouge dans l'oeil - est très vite remarquée par un personnage étrange dont elle va devenir la protégée : Delaunay. Sous l'influence de cet homme remarquable, poète et ami des puissants, Phèdre va nourrir son intelligence, étendre sa culture, maîtriser des langues étrangères. Mais elle va surtout verser dans l'espionnage sensuel en usant d'un érotisme inné pour soumettre ses clients. Sensualité et volupté sont donc au rendez-vous avec cette histoire qui se situe entre la fresque historique et l'épopée.

Le début est certes difficile à suivre, le monde de Jacqueline Carey est subtil, fouillé, peuplé d'une incroyable variété de personnages tous différents les uns des autres, traîtres, aristocrates et héros confondus, avec lesquels le lecteur doit se familiariser sous peine d'être très vite submergé. La complexité de la situation politique du pays et les intrigues de la cour pourront même en rebuter plus d'un au départ, mais si le lecteur fait preuve de patience et prend le temps de laisser les évènements s'installer progressivement, il profitera pleinement du plaisir de sa lecture par la suite ! Parce que passés les débuts du récit où l'auteur s'étend sur la généalogie des familles et le mode de fonctionnement du royaume, les évènements se précipitent complètement et l'action est vraiment au rendez-vous !

De Terre d'Ange en Skaldie, puis jusqu'aux rivages d'Alba, Phèdre nous fait voyager à travers des contrées où cultures diverses et personnages charismatiques se succèdent pour notre plus grand plaisir. A travers l'art sensuel qu'elle maîtrise à la perfection et un incroyable don pour les langues, sans parler de l'appui de ses fidèles compagnons - dont le Cassilin Joffrey (ahhh... Joffrey) et le tsigane Hyacinthe - Phèdre déjoue les complots et les machinations des pires personnages du royaume, et se découvre un destin hors du commun, bien éloigné des rêves d'une simple courtisane qui n'était destinée au départ qu'aux plaisirs de ses pairs. 

Dans une langue délicate parfois pleine de poésie, Jacqueline Carey décrit l'épopée d'une jeune femme extraordinaire, victime de son intelligence et engluée dans une toile dont elle n'a malheureusement pas perçue dès le départ touts les tenants et les aboutissants. Heureusement, Phèdre est secondée par des amitiés fortes et indestructibles, des personnalités hors du commun auxquelles on s'attache de plus en plus au fil du récit. Sans jamais tomber dans la vulgarité ou la facilité - ce qui aurait pu être le cas quand on découvre la nature des penchants de Phèdre - l'auteur use au contraire d'une pudeur appréciable lorsqu'elle aborde les scènes les plus brûlantes. L'atmosphère de la première partie du livre est bien rendue, j'ai notamment beaucoup aprécié les jeunes années de Phèdre avec ses doutes, ses questionnements, le passage à la puberté et l'inconscience de la jeunesse. Et même si les appétits sexuels de la dame peuvent en choquer plus d'un, j'ai trouvé pour ma part que Jacqueline Carey avait évité les écueils avec beaucoup de subtilité, rendant hommage à la sexualité débridée de son personnage sans en faire une caricature SM, ce qui relève du succès !

La nature de la jeune femme reste ainsi une réalité (et parfois même une malédiction) impossible à oublier, mais qui n'empiète jamais sur l'importance des évènements extérieurs. D'ailleurs, plus on avance dans le récit, plus sa nature tend à s'effacer au profit des aventures passionnantes qu'elle vit dans sa quête de la vérité. Elle rejaillit pourtant, cette nature voluptueuse, lors de brèves scènes torrides durant lesquelles les enjeux du royaume motivent principalement ses actes et la renvoient à son rôle d'espionne sensuelle, douée dans l'art de dispenser les plaisirs les plus subtils...


C'est un billet peut-être un peu trop long, mais il y a tellement à dire sur ce livre qui n'est pourtant que le premier d'une trilogie ! J'espère vous avoir donné envie de le lire parce qu'il est rare de découvrir une oeuvre aussi achevée qui réunit autant d'ingrédient différents - histoire, aventure, fantastique, romance, et j'en passe... - couplés à un scénario cohérent avec une trame originale et des personnages complexes et flamboyants ! Vous l'aurez compris, ce premier tome est un coup de coeur, un vrai, et je pense qu'il restera dans les mémoires !

La suite m'attend dans ma PAL. Je vais attendre un petit peu avant de m'y replonger, même si la fin de ce premier tome m'a laissée sur ma faim !


La Marque (Kushiel #1) - Jacqueline Carey - Editions Bragelonne - 2008

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