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dimanche 1 avril 2012

Jonathan Strange & Mr Norrell - Susanna Clarke


1806. Dans une Angleterre usée par les guerres napoléoniennes, un magicien à l'ancienne mode, Mr Norrell, offre ses services afin d'empêcher l'avancée de la flotte française. En quelques jours, les Anglais ont repris l'avantage. Norrell devient la coqueluche du pays. C'est alors qu'il fait la connaissance d'un jeune et brillant magicien, Jonathan Strange. Ensemble, les deux hommes vont éblouir l'Angleterre par leurs prouesses. Jusqu'à ce que l'audacieux Strange, attiré par les aspects les plus sombres de la magie, provoque la colère de Mr Norrell...


Après deux mois de lecture (entrecoupée d'autres lectures - je suis toujours égale à moi-même !) j'ai enfin achevé ce récit de Susanna Clarke qui a fait couler beaucoup d'encre. Ouf ! Quel pavé ! Et dès le début, c'était pas gagné... En effet, j'ai vu défiler bien des avis contraires sur les blogs et dans la presse. J'essaie de ne pas me laisser influencer par les opinions des autres en règle générale, mais bon, un peu quand même malheureusement... Et quand j'ai vu le nombre d'avis plus ou moins négatifs sur le web, ça m'a un peu déstabilisée... Et puis vu la grosseur du livre, j'avais presque envie de le reléguer dans un coin et de le ressortir plus tard. Mais Syl m'avait proposé d'en faire une lecture commune (pour février !), alors je me suis lancée.


(Au fait, tu en es où Syl ? Comment ça il n'est même pas commencé ??!!)


Certains s'accordent à dire que ce livre est un chef d'oeuvre, et d'autres ont tout simplement l'impression de s'être fait escroquer dans les grandes largeurs... Et mon opinion dans tout ça ? Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle est vraiment partagée. D'un côté, il est incontestable que Susanna Clarke possède un talent inégalé pour créer un monde foisonnant, riche en personnages multiples et en situations complexes. L'atmosphère de l'époque est très bien rendue, l'histoire se déroule durant le règne de George III à l'époque des guerres napoléoniennes qui ravagent le pays, et le récit se poursuit sur près de 10 années durant lesquelles on assiste à l'arrivée et à l'apogée de deux grands magiciens anglais : Strange et Norrell. Côte à côte, ils vont oeuvrer pour leur pays en multipliant les tours de passe-passe, se forgeant ainsi une réputation de grands magiciens anglais inégalée et s'élevant jusqu'à des positions privilégiées.


Le style est plus que soigné, il est extrêmement agréable et rappelle nos bons vieux classiques anglais indémodables, et quoique le sujet traité soit la magie, ce qui ressort de ce récit c'est avant tout une impression de profonde réalité. L'auteur a donc réussi le pari un peu fou de placer ses personnages au coeur d'un contexte en grande partie imaginaire, de nous faire aimer ça et de nous le rendre crédible. En effet, l'Angleterre de 1806 à 1817 imaginée par Susanna Clarke est un monde très similaire à la réalité puisqu'elle évoque les nombreux conflits qui ont jalonnés cette période de l'histoire. Mais elle est aussi emprunte de magie et bercée par des mythes qui prennent racine dans l'histoire du pays et qui ont façonné les terres de Grande-Bretagne. Tout ce qui se rapporte à l'incroyable mythologie et aux légendes sorties tout droit de l'imagination de l'auteur est un régal, même si les nombreuses notes de bas de pages ont de quoi déstabiliser beaucoup de gens et cassent un peu le rythme de la lecture. Ses allusions aux mythes et légendes d'Angleterre et le folklore qu'elle a imaginé autour nous donnent envie de nous plonger plus en détail dans tous ces contes et ces récits surnaturels dont on peut - j'espère ! - trouver le recueil quelque part. Les notes, multiples et très longues qui s'étalent parfois sur plusieurs pages, sont au final un second livre dans le livre et permettent d'entrevoir la richesse et l'originalité du monde créé par Susanna Clarke, sans parler de la lignée de magiciens anglais qui ont détenus tous les secrets de cette science au fil des siècles et dont elle rappelle constamment les exploits.


Créer tout cela, s'inspirer du monde des fées et y ajouter sa propre touche personnelle comme elle l'a fait, c'est vraiment un travail de titan et c'est remarquable. C'est peut-être l'aspect qui m'a le plus séduite dans cet ouvrage parce que ça m'a rappelé les mondes issus de l'imagination d'auteurs tels que Tolkien. Elle a imaginé un passé magique tout en subtilité et poésie, fruit d'un travail extraordinaire qui se révèle peu à peu aux yeux du lecteur et lui donne envie de tourner les pages et d'en connaître toujours plus sur cette Angleterre livrée au surnaturel.


L'auteur prend bien sûr le temps de mettre en place son intrigue, de présenter ses personnages (quoique au final ils évoluent très peu sur 1150 pages) et de faire évoluer les évènements sur plusieurs décennies, de petites scènes à priori sans importance en dialogues anodins, d'évènements historiques en situations incongrues. Mais Mme Clarke prend un peu trop son temps. Premier reproche et pas des moindres ! Tout cela est long, long, long et avant d'arriver à la troisième et dernière partie du livre - la plus palpitante en fait - j'ai bien failli renoncer. Vraiment. Ce qui ne me ressemble pas, surtout après avoir fait la découverte d'une histoire anglaise pleine de gentlemen polis et décadents évoluant dans les rues d'un Londres parallèle en proie à la magie comme aux conflits politiques - bref, un récit réunissant tous les ingrédients qui m'interpellent et me séduisent en général.


Le problème de Susanna Clarke, c'est qu'en voulant construire cet univers original et très personnel, elle finit par s'enliser dans son récit. L'ennui guette le lecteur qui peine à comprendre où elle veut en venir. Parce que même si le style est parfait, les évènements quant à eux sont inexistants et finissent par faire retomber l'engouement du départ. On cherche, on s'interroge, on s'impatiente, on attend le grand évènement qui va tout bouleverser... et puis rien... Et même les scènes les plus attendues qui sont censées amener les évènements les plus marquants ont été traitées de la manière la plus plate qui soit. En vérité, ce livre manque de souffle, il manque d'aventure (mais oui ! c'est possible malgré les guerres, la magie, les voyages et tout le reste !) il manque même d'humanité jusque dans le traitement des personnages dont les émotions sont parfois incompréhensibles ou carrément inexistantes.


A aucun moment Mr Norell n'aura été sympathique, lui qui préfère étudier la magie dans les livres plutôt que sur le terrain et souhaite rester le seul et unique magicien d'Angleterre. Et que dire du jeune Strange censé amener un nouveau souffle dans le traitement de la magie anglaise ? Il est arrogant et antipathique jusqu'au bout malgré les épreuves et les retournements de situation. Difficile de s'attacher à l'un comme à l'autre. Celui qui tire son épingle du jeu, c'est au final le Roi-Corbeau qui reste le caractère le plus énigmatique de l'histoire, celui qui intrigue et dont on aimerait connaître toute l'existence en détail, de ses débuts à son exil. Le peu qu'on en sait donne envie d'en apprendre plus ! Et malgré l'incroyable nombre de pages, l'auteur a trouvé le moyen de me laisser sur ma faim sur le destin de certains de ses personnages. 


Résultat des courses, bilan mitigé : Jonathan Strange & Mr Norrell est une histoire peu banale que je suis sincèrement contente d'avoir découverte grâce aux légendes et au folklore imaginés par son auteur. Je pense que tous les amoureux de l'Angleterre et des récits fantastiques y trouveront leur compte (encore que...) C'est un livre imposant et soigné jusque dans ses moindres détails, mais qui manque singulièrement d'énergie. L'histoire foisonne de références littéraires et n'est pas exempte d'un certain humour, dommage que bien des scènes et des passages ne soient pas essentiels à ce récit qui aurait peut-être mérité d'être allégé de quelques chapitres. Et que la fin (à mes yeux) ne soit pas digne de ce que le contenu promettait...


Jonathan Strange & Mr Norell - Susanna Clarke - Le Livre de Poche - 2008


3 commentaires:

  1. Une horreur ! Tu vois, je suis pleine de bonne volonté, mais je n'arrive pas à l'ouvrir ce bouquin ! Ca va faire deux ans que je l'observe, que je ne le perds pas sur les étagères. Je ne vais pas pouvoir le lire. Oui, une horreur ! Quand je lis ta chronique, ça me coupe encore plus le sifflet. Tu voudras le relire l'année prochaine ??? Oui, en 2013... je le lirai.
    Bisoussss d'une fille honteuse.

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  2. A la rigueur, je reprendrais volontiers Les orphelins !

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  3. J'ai aimé un peu plus que toi mais oui, il y a des longueurs et ça s'emmêle un peu. Je l'ai lu il y a des années hein... mais je me rappelle avoir aimé Jonathan Strange.

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