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vendredi 16 mars 2012

Je suis le Seigneur du Château - Susan Hill


Avec une histoire difficile, beaucoup de sentiments refoulés, une atmosphère lourde pleine de non-dits et une cruauté quasi omniprésente, Je suis le Seigneur du Château est un récit incroyablement percutant qui se joue presque entièrement dans les détails, et qui, par petites touches successives, plonge le lecteur dans l'embarras puis la stupéfaction et enfin le dégoût.

Et pourtant Susan Hill ne nous parle que de tragédies ordinaires, ces conflits de la vie quotidienne qui passent souvent inaperçus, ces luttes incessantes et muettes qui naissent parfois entre les enfants et conduisent à la mésentente et aux cruautés les plus douloureuses. 


Ici c'est Charles, un enfant de 11 ans, qui voit sa vie bouleversée après son installation avec sa mère devenue gouvernante dans une grande demeure de la campagne anglaise. Enfant fragile et discret, blasé par une vie ponctuée d'incessants déménagements où la pauvreté les poussent tous les deux depuis la mort du père, il se heurte dès son arrivée au domaine de Warings, au fils du propriétaire, Edmund, qui refuse catégoriquement sa présence. Edmund est effrayant. Il a le comportement d'un adulte dans un corps d'enfant mais perd parfois le sens des réalités. Complètement incompris par son père qu'il met plus mal à l'aise que de coutume, peut-être profondément blessé aussi par l'absence de sa mère morte des années auparavant, Edmund est probablement la personnalité la plus sombre et la plus mystérieuse de ce roman. Car rien n'explique son comportement obsessionnel à l'encontre de Charles, pas même le décès de sa mère ou le laxisme de son père. Qu'est-ce qui peut pousser un petit garçon de 10 ans à harceler et terroriser son prochain ?


De séances d'intimidation aux menaces voilées en passant par toutes les perversités possibles et variées, Charles vit un enfer sous le regard des parents qui ne voient pas - où refusent de voir ? - la descente aux enfers que subit le petit garçon. Dans le silence le plus complet, Charles affronte les brimades et voit peut à peu disparaître ses dernières libertés au profit d'Edmund qui prend progressivement un ascendant terrifiant sur les adultes de son entourage. Toutes les faiblesses de Charles sont repérées, analysées et retournées contre lui. La fuite à travers les bois, les conflits avec sa mère qui croit discerner, quant à elle, un avenir séduisant auprès du propriétaire, M. Hooper, rien n'y fait et l'entourage de Charles refuse d'ouvrir les yeux sur la tragédie qui s'amorce. Egoïsme ou lassitude, les adultes se concentrent sur leur propre solitude et passent à côté de la détresse de l'enfant.

Susan Hill signe un roman qui marque, même une fois refermé, un roman dérangeant qui pousse le lecteur à s'interroger sur les motivations d'Edmund. Mais aussi un roman sur l'incroyable propension à la méchanceté qui peut surgir dans le cadre de vie le plus ordinaire et conduire à une détresse profonde que rien ne peut apaiser. C'est un roman sur l'enfance, malgré tout, celle qui bâtit ses rêves, qui découvre la vie, qui s'interroge sur ses peurs et s'apprête à intégrer le monde des adultes malgré ses craintes et son incompréhension. C'est un beau roman émouvant, certes très triste, mais qui comporte tout de même certaines zones de lumière - je pense notamment à la fuite dans la forêt, aux souvenirs de l'internat de Charles, aux prémices de l'amitié qui surgit toujours là où l'on ne s'y attend pas, bref, c'est une histoire sombre et mélancolique qui, sans me tenir en haleine, m'a fait passer un agréable moment...


A noter, la très belle adaptation de Régis Wargnier avec Jean Rochefort.


Je suis le Seigneur du Château - Susan Hill - Editions J'ai Lu - 1990

7 commentaires:

  1. Je connais et je ne suis pas tentée par sa lecture.

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  2. @Syl : C'est un récit vraiment très triste ! Je peux comprendre qu'on soit tenté par des choses plus joyeuses !

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  3. J'ai vu il y a longtemps le film avec le génial Rochefort, et je ne savais pas qu'il s'agissait d'une adaptation. Je note.

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  4. @Somaja : Je me souviens bien du film, mais je trouve qu'il était moins triste...

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  5. Oh là là, je savais bien qu'en venant ici je prenais des risques pour ma LAL/PAL, ce roman a tout pour me plaire, entre le manoir, l'enfant bizarre, l'ambiance, les non-dits... (encore faudra-t-il le trouver). j'ai lu "La dame en noir " à Noël, je ne sais pas si ce titre peut t'intéresser aussi mais l'atmosphère est très bien rendue. J'en ai deux autres en attente mais je note celui-ci pour après :)

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  6. Ah je vois qu'on le trouve facilement en anglais, cool !

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  7. Ah, voilà, je savais qu'il y avait une adaptation. Je me rappelle avoir beaucoup aimé. Et comme La dame en noir m'a plu, je note celui-ci!

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