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dimanche 30 octobre 2011

Le Dahlia Noir - James Ellroy



Le 15 janvier 1947, dans un terrain vague de Los Angeles, est découvert le corps nu et mutilé, sectionné en deux au niveau de la taille, d'une jeune fille de vingt-deux ans : Betty Short, surnommée " Le Dahlia Noir " par un reporter, à cause de son penchant à se vêtir totalement en noir. Le meurtre est resté l'une des énigmes les plus célèbres des annales du crime en Amérique.

Après avoir été adversaires sur le ring, Becky Bleichert et Lee Blanchard, deux anciens boxeurs, deviennent coéquipiers à la LAPD - autrement-dit la police municipale de Los Angeles. Le 15 janvier 1947, lancés sur la piste d'un pédophile pour une de leurs enquêtes, ils assistent à la découverte d'un cadavre sectionné en deux, celui d'une jeune femme abandonnée dans un terrain vague de la ville : Elizabeth Short, que les journalistes vont surnommer le Dahlia Noir. Commence alors pour les deux amis un parcours semé d'embûches où la recherche de la vérité s'apparente plus à une quête destinée à exorciser les vieux démons. Leur obsession va les conduire sur la piste d'un meurtrier insaisissable, qui n'a laissé aucun indice derrière lui mais qui va horrifier le pays entier par la sauvagerie de son crime...

Inspiré d'un fait réel sordide et officiellement non-résolu, Le Dahlia Noir est sans conteste LE roman noir par excellence. C'est un portrait sombre de l'Amérique d'après-guerre porté par une plume incisive, cynique et qui heurte le lecteur par sa brutalité. Tout est glauque et dérangeant dans cette histoire : les personnages comme leurs actes, les meurtres et la violence qui confine parfois au sadisme rapportée par le narrateur dans son job de flic. Sans parler de l'évocation des quartiers minables d'un Los Angeles des années 40 peuplé de prostituées, de dépravés, de dealers sans foi ni loi et d'hommes d'affaires corrompus. Inutile de chercher les bons ou les méchants avec James Ellroy : les personnages croisés au fil du récit sont loin d'un manichéisme facile, ils dissimulent tous leur part d'ombre et ajoutent une touche perturbante à l'ambiance proprement nébuleuse de ce fait divers.

Quoique l'atmosphère décadente soit admirablement restituée, le récit ne s'épargne pas quelques longueurs. Des passages entiers dans l'histoire qui n'apportent rien à l'enquête mais qui, en contrepartie, nous permettent de mieux cerner le narrateur - Bleichert, cet ex-boxeur devenu flic, bourré de doute quant à la santé mentale de son coéquipier, qui vacille lui-même dans une demi-folie orchestrée par son obsession pour l'affaire du Dahlia Noir. Mais les premiers chapitres, malgré leur utilité dans l'introduction des principaux caractères - depuis leur rivalité jusqu'à l'amitié qui les unit - m'ont parfois un peu ennuyée.

Pour le reste, l'enquête est admirablement restituée, tout comme l'atmosphère brutale du poste de police, les manipulations multiples des médias par les politiques de la ville et la corruption apparemment présente dans tous les milieux. C'est incontestablement un excellent polar mené avec brio et virtuosité, et une note de réalisme propre à suggérer que l'auteur connaît bien son sujet et surtout le milieu qu'il décrit. James Ellroy désigne bien évidemment un coupable à la fin de son livre, et je dois reconnaître qu'il a su mêler fiction et réalité avec beaucoup de cohérence jusqu'au dénouement aussi surprenant qu'improbable.

Je pense que c'est ce qui fait toute la force de ce roman dont le sujet principal est en lui-même révoltant. Mais il y a aussi tout un aspect du roman qui m'a beaucoup moins plu. La débauche d'horreur, de racisme, de propos acides et la vulgarité omniprésente m'ont parfois presque convaincue de refermer le livre - ou du moins de faire une pause dans mon récit. Je pense que grâce à Ellroy, je peux dire à présent que ce genre de scénario très noir n'est absolument pas ma tasse de thé. Malgré le réalisme avec lequel il dépeint cette époque assez trouble avec ses jeux de pouvoir, ses dérives et ses violences, je n'ai pas totalement adhéré, et je pense m'arrêter là dans ma découverte de l'oeuvre d'Ellroy (et dans le roman noir en général !...)

C'est un livre dur et poignant qui vous tient aux tripes du début à la fin, et que je conseillerais définitivement aux fans du genre. Le style de livre qu'on oublie pas et qui, une fois achevé, vous hante encore pendant un bon moment...

Cette histoire a bénéficié d'une adaptation de Brian de Palma en 2006 avec Josh Hartnett, Aaron Eckhart et Scarlett Johansson. Je l'ai vu mais je suis incapable de me souvenir si ce film m'a plu ou pas, ou s'il retranscrit fidèlement l'histoire de James Ellroy. A revoir, donc !

Le Dahlia Noir - James Ellroy - Editions Rivages - Collection Rivages Noir - 1996

3 commentaires:

  1. Superbe chronique ! Ca fait un moment que je me dis qu'il faudrait que je lise le roman..

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  2. Ce livre fait référence à une histoire vraie dont ose parler seulement aujourd'hui. J'ai vu un reportage à ce sujet qui soulevait certains tabous... C'est curieux que Givenchy ai donné son nom à un parfum !!!!

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  3. @SKTV : C'est clairement un livre à classer dans les romans incontournables ! Même si il est d'un abord un peu difficile au départ, une fois familiarisé avec le style de l'auteur, c'est un très bon roman !
    @Arty Glam : C'est vrai que ça peut surprendre, mais je pense que les créateurs ont peut-être juste voulu souligner le côté sulfureux et femme fatale que l'on retrouve souvent dans ce genre de roman noir.

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