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mercredi 15 juin 2011

Sukkwan Island - David Vann


Séduite par le billet de la Ruelle Bleue récemment, j'ai décidé de me lancer dans la lecture de ce roman qui a ravi beaucoup de lecteurs au moment de sa sortie. Résultat des courses : une grosse déception.

Je m'explique : je n'en attendais pas un récit hors norme porté par une plume magnifique, mais j'étais persuadée d'apprécier cette histoire qui rejoint ce domaine cher à mon coeur qu'est le Nature Writing. Pour moi, c'est un style littéraire qui ne m'a jamais déçu et dans lequel je trouve toujours mon compte.

Hors, le problème est là justement : je n'ai pas eu la sensation de lire un vrai récit de Nature Writing, qui pour moi, fait la part belle à la nature (c'est le cas de le dire !) et aux émotions brutes et intenses. Ici, les émotions sont survolées, l'auteur s'attarde volontiers sur certains aspects de la psychologie de son personnage mais sans jamais approfondir les choses, les descriptions de l'île où "échouent" volontairement un père et son fils m'ont parues pour le moins insipides et l'histoire manque de souffle. Et puis l'orientation volontairement sombre et malsaine que l'auteur a donné à son récit m'a plutôt poussé à le lâcher. Mais je me suis accrochée et comme c'est (heureusement !) un livre assez petit, j'ai pu le terminer rapidement, sans vraiment comprendre l'engouement qu'il a pu susciter.

Jim et son fils Roy entreprennent de s'installer sur une île du sud-est de l'Alaska et comptent bien y vivre pendant un an, loin de leur famille, de leurs amis, isolés des villages les plus proches, bref, seuls au monde dans un environnement inhospitalier et glacial. Les premiers jours se passent à aménager leur cabane, à pêcher, chasser et explorer les environs. Mais très vite, on sent le cataclysme arriver : l'atmosphère s'alourdit et la mélancolie s'installe au fil des jours. Pour Jim, le père, instigateur de cette aventure qu'il a souhaité partager avec son fils Roy, c'est avant tout l'occasion de faire le point sur sa vie, de prendre du recul par rapport au passé et aux erreurs commises, de passer du temps avec son fils, et de revenir aux origines en survivant au milieu d'une nature sauvage et magnifique. Mais son mal-être, ses angoisses qui resurgissent chaque nuit et son perpétuel manque de confiance en lui bouleversent son fils adolescent et font vaciller l'équilibre précaire de leur situation. Commence alors pour Roy une vie rythmée par les travaux en tout genre, qui vont de l'abattage du bois à la construction d'un fumoir puis d'une cache pour épargner leur nourriture, tout en surveillant son père du coin de l'oeil en se préparant au pire.

Impossible pour moi de sentir de l'apitoiement pour cet homme qui entraîne son gamin à travers un territoire inconnu, sans possibilité de retour, sans contact avec l'extérieur, obnubilé par ses errances, ses fantasmes et ses angoisses. Difficile de ne pas évoquer la folie dans son cas, pour avoir commandité pareille expédition sans posséder l'expérience requise qui leur permettent de survivre dans de bonnes conditions. Ses multiples efforts pour construire quelque chose - que ce soit un auvent pour le bois ou une relation normale et patiente avec son fils - m'ont semblé pathétiques et voués à l'échec, et rien dans son comportement n'a suscité de compassion ou de compréhension en moi. Je me suis sentie éloignée de ses émotions, froide et distante face aux raisons qui amènent ses sempiternelles jérémiades à s'élever chaque soir. 

Roy, son garçon, m'a paru par contre étonnamment plus fort et sensé que son père, un adolescent mature et parfaitement lucide face à la situation, tellement à plaindre pour s'être laissé entraîné dans ce cauchemar boueux.  

Le style de David Vann est terriblement plat. Je m'attendais à des descriptions fabuleuses de l'Alaska telle que je me l'imagine, mais l'auteur n'a pas su trouver les mots pour m'éblouir ou même m'épouvanter avec ce bout de terre battu par les vents, aussi froid et glacial qu'il puisse être. Il n'y a aucune espèce d'espoir ou d'accalmie qui puisse apporter un soupçon de lumière au lecteur. Le personnage de ce père destructeur qui s'apitoie sur son sort jusqu'à la fin a été un vrai calvaire à supporter, bref, je me répète, mais Sukkwan Island reste définitivement une grosse déception pour moi car aucun aspect de ce livre n'a su me toucher, et c'est bien dommage...   

Je compte bien relever le niveau prochainement et poursuivre ma découverte du Nature Writing avec La Rivière du Sixième Jour de Norman Maclean. 


Sukkwan Island - David Vann - Editions France Loisirs - 2010

Ma note
    


7 commentaires:

  1. Enfin une qui partage mon avis ! Ouf ! Je croyais que je n'étais pas normale ! Tu as su mettre des mots sur ce qui m'a précisément déplu de ce roman, merci !

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  2. Déjà que la photo ne m'inspire pas... je passe. Bises Vilvirt

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  3. Je suis assez contente de lire un avis négatif car obscurément, et malgré tous les bons billets qui ont fleuri sur ce livre, il ne me tente toujours pas... En tout cas ton avis est bien argumenté et clair, merci !
    Ah, j'ai adoré La rivière du 6ème jour, pourvu que ça te plaise aussi :-))

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  4. J'aime ton fond de blog ! Toujours dans la déco ?

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  5. @Isa : Je suis pourtant "bonne lectrice" comme on dit, en général ! Ce qui plait aux autres me plait à moi aussi, mais là, pas moyen. Beaucoup trop sombre à mon goût !
    @Folfaerie : Je pensais que tu l'vais lu et justement, je cherchais ton billet ! C'est une petite déception mais je ne pense pas être déçue avec le prochain !
    @Syl : coucou Syl ! ben oui, comme chaque semaine, je change de déco ! Il serait temps de trouver chaussure à mon pied ! Mais je vais essayer de garder celui-là encore un peu ! Merci !

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  6. Il me tentait mais là je suis un peu refroidie...;

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  7. J'ai aimé davantage que toi mais j'ai aussi eu du mal à ressentir quelque chose pour cette homme tellement je lui en voulais de faire ça à un enfant... Mais le récit m'a tout de même hantée...

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