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vendredi 25 mars 2011

Le Rivage des Adieux - Catherine Hermary-Vieille



"Une belle histoire d'amour et de mort..." Ainsi les bardes celtiques résumaient-ils la plus tendre et cruelle légende qu'ils aient jamais racontée : celle de Tristan et Iseult. La liaison adultérine d'une très jeune reine, l'indestructible fidélité de son amant, les atermoiements d'un roi harcelé par les intrigues de ses barons : l'auteur du Grand Vizir de la Nuit, prix Femina 1981 et d'Un amour Fou, prix des maisons de la Presse 1991, s'est laissée emporter par cette histoire éblouissante et tragique, d'une audace insoupçonnée, dans un récit à la fois scrupuleusement fidèle au mythe et adapté à la sensibilité d'aujourd'hui.


Envie de contes, de légendes, de récits d'amours impossibles, de forêts profondes où des monstres errent sans fin et de combats mémorables et titanesques ? Et bien c'est tout cela et bien plus encore que nous offre Catherine Hermary-Vieille grâce au Rivage des Adieux. Une histoire d'amour impossible et pourtant pleine de passion entre deux figures mythiques des légendes d'autrefois : Tristan et Iseult. Un conte celte où les anciennes croyances s'effacent à peine devant les prémices du christianisme, où les sorcières, les fées, les druides et la magie ne sont jamais loin. Bref, vous l'aurez compris, une histoire enchanteresse et un récit hors du temps qui m'a permis de voyager dans le passé de l'Angleterre et de l'Irlande aux côtés des amoureux les plus connus de la littérature - après Roméo et Juliette... 



Cette histoire que tout le monde connaît a été un peu remise au goût du jour et la romance vécue par Tristan et Iseult est établie à une époque lointaine pleine de conflits, de guerres et de violence où les luttes de pouvoirs entre la Cornouailles et l'Irlande étaient fréquentes.
Herbert James Draper - Tristan and Isold

Tristan est le fil de Rivalen, un guerrier qui meurt avant sa naissance et d'une reine elle-même soeur du roi Marc de Cornouailles, qui disparaît en le mettant au monde. A 16 ans, Tristan quitte sa région d'origine et part se mettre sous la protection de son oncle qui aimerait en faire son héritier, malgré les disputes incessantes des barons qui entourent le roi et les conflits que cette succession pourrait entraîner. Au yeux du roi Marc, le jeune homme est un héritier tout désigné, fort, volontaire, courageux et plein d'intrépidité. Tout ce qui motive Tristan, c'est la gloire des combats et la tendresse qu'il voue à son oncle. Guidé par sa jeunesse et sa témérité, il décide de s'opposer au Morholt, un prince d'Irlande venu réclamer un tribut de jeunes gens que la Cornouailles se doit de payer. Tristan remporte le combat mais reçoit en même temps une blessure empoisonnée qui met sa vie en danger. Sur les conseils d'un druide qui agit au service du roi, on place le jeune homme dans une barque afin que les dieux choisissent sa destinée. Mais Tristan débarque malencontreusement sur les côtes d'Irlande, où la reine elle-même et sa fille Iseult vont tout faire pour le guérir et le ramener à la vie...

Je ne connaissais que les grandes lignes de l'histoire de Tristan et Iseult, et je dois reconnaître que cette version modernisée est extrêmement agréable à lire et qu'elle m'a permis d'en apprendre plus sur le mythe et l'histoire d'amour vécue par les deux jeunes gens. On retrouve, bien sûr, le fameux filtre d'amour partagé par les amants, l'univers celtique qui semble être à la base de cette légende, les actions dramatiques qui s'enchaînent et les luttes de pouvoirs fréquentes à cette époque. J'ai particulièrement aimé les références faites à certaines fêtes païennes prisées des gens à cette époque malgré la montée du christianisme. Mais plus que tout, c'est la présence constante de la magie, de certaines superstitions et de lieux emprunts de mystère qui apporte une touche de féerie supplémentaire. Le château de Tintagel assailli par la mer, l'aspect désolé de cette forteresse de pierre où se jouent les drames et où sommeillent la rancoeur des barons, tous ces éléments participent à créer une atmosphère propice à la plus grandiose des tragédies amoureuses. 

Et l'amour est célébré à chaque page : la tendresse éprouvée par Tristan pour Iseult au début du récit lors de leur première rencontre, les sentiments plus forts qui prennent le pas sur l'amitié plusieurs années après lorsqu'ils se retrouvent une seconde fois, et enfin la passion proche de la fusion qui les enchaînent une fois le filtre absorbé, et qui va les mener jusqu'à un sort funeste, au-delà de la trahison, de la vengeance et de la folie. Car Iseult est promise au roi Marc, et les amants vont devoir tricher et mentir à leur entourage pour pouvoir continuer à dissimuler leur union.

Le seul bémol, c'est la personnalité d'Iseult qui est véritablement détestable à certains moments, souvent égoïste et complètement inconsciente. Elle n'hésite pas à jouer avec la vie des autres pour protéger son secret et sa relation avec Tristan, à mystifier son monde tout en se croyant invulnérable, et tout ceci va causer leur perte à tous les deux. Elle reste malgré tout un personnage plein de vie, dévoré par les sentiments qu'elle porte à Tristan, une femme pleine de caractère qui refuse de se laisser abattre par les revirements du destin, et prête à prendre tous les risques pour protéger sa relation. Marc est quant à lui un roi très attachant qui lutte contre sa jalousie, ses soupçons et les allusions mesquines de tous ceux qui l'entourent, tout en continuant à croire à l'innocence de son épouse. 

Même ce que je savais du destin tragique des amants - bien connu de tous - ne m'a pas empêché de ressentir à fond toutes les émotions que l'auteur a su capter, ni de trembler à leurs côtés en espérant que l'issue leur soit favorable...

C'est un beau roman d'amour qui pousse la passion au-delà de ses limites, au-delà de la mort, et que l'auteur nous livre avec une grande sensibilité.


Le Rivage des Adieux - Catherine Hermary-Vieille - Le Livre de Poche - 1990



3 commentaires:

  1. J'ai lu il y a fort longtemps un poche qui s'intitulait "Tristan et Iseult"...il ressemble à celui-ci. Je ne savais pas ce que revêtait ce titre de "Rivage des adieux" !! Maintenant je sais. J'avais adoré, bien entendu, cette lecture...;o)

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  2. Je l'ai lu il y a très longtemps, je ne m'en souviens plus très bien je dois dire...En revanche, vivace dans ma mémoire demeure la version de Joseph Bédier.

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  3. @Antigone : C'est une très belle histoire. L'avantage de cette version, c'est qu'elle redonne un coup de jeune aux vieux mythes, et qu'on vit intensément l'histoire d'amour...
    @Folfaerie : Je ne connais pas cette version, mais l'avantage de plonger dans la mythologie et les légendes de toutes sortes, c'est qu'après, on a très envie d'en apprendre plus et on cherche à découvrir tout ce qui a trait au sujet... Je vais donc me renseigner !

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