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mardi 15 février 2011

Winter - Rick Bass



Winter est le récit de l'installation de Rick Bass et de sa femme dans un coin reculé du Montana en plein hiver. Pas d'électricité, pas de téléphone, juste un saloon à une demi-heure de route. Mais une vallée comme au début du monde, une nature splendide et cruelle. Par moins trente-neuf degrés, le rêve se fait parfois souffrance. Dans une prose lumineuse, le défenseur de l'environnement Rick Bass redécouvre, au terme d'un progressif dépouillement, l'essentiel.

Sous forme de journal, l'auteur nous convie à vivre son quotidien aux côtés de sa compagne Elizabeth, dans une région sauvage et isolée où ils ont élu domicile, une vallée perdue à la frontière du Canada où les hivers sont rudes, où la solitude pousse à la sagesse et à la contemplation. Un véritable retour aux sources pour ces citadins qui n'ont jamais connus le froid ni la neige.

Partis s'expatrier dans le Montana dans l'espoir de changer de vie, d'écrire - pour lui, et de peindre - pour elle, l'auteur et sa compagne tombent littéralement amoureux de la vallée du Yaak où ils comptent emménager à la fin de l'été et passer l'hiver dans la rudesse des grands froids. Rick Bass évoquent dans son journal les étapes de leur installation dans un chalet de la vallée à quelques kilomètres d'une toute petite ville qui compte un saloon, une épicerie et des téléphones payants. 


Il nous parle des difficultés liées à l'isolement dans les montagnes, de la solitude omniprésente qui apporte son lot d'angoisses mais développe aussi l'éveil à des valeurs plus vraies, des rencontres rares mais pleines de richesse qui surviennent parfois avec les habitants de la vallée, de la faune sauvage et fascinante dont il retrouve la piste lors de ses escapades dans les bois - grizzlis, wapitis, cerfs et orignals...


Cette vallée fourmille de mystère, de beauté, de secrets - et pourtant elle ne livre aucune réponse. Quelquefois, je crois que cet endroit - si haut dans les montagnes, au milieu de bois si touffus - est une sorte de marche menant au ciel, le dernier endroit par où l'on passe avant d'y arriver pour de bon. 


C'est difficile de parler de ce genre de récit autobiographique. Le plaisir provient essentiellement d'une accumulation de petits détails qui vont de l'installation à leur vie de reclus durant ce long hiver éprouvant : les corvées de bois indispensables dans ces régions, sans quoi les rigueurs de l'hiver deviendraient insurmontables (et du bois, il en faut en quantité !) mais qui procurent à notre auteur une satisfaction indescriptible malgré l'incroyable effort physique qu'elles requièrent, les conversations rares et précieuses au saloon avec les amis, les astuces échangées entre bûcherons et les histoires racontées - réelles ou fictives - par les habitants des lieux. Et puis surtout les pensées exacerbées par l'exil et par la découverte exaltante des premières neiges, de la pluie, du vent, d'un milieu sauvage et vierge complètement inconnu mais terriblement excitant. Et cette neige qui, lorsqu'elle arrive, recouvre tout, ne cesse de surprendre notre couple de citadins ravis, dont la débrouillardise augmente au fil des mois, et qui apprennent - parfois malgré eux - comment vivre ou survivre au milieu d'une nature indomptée et dangereuse, par -40°C, loin du confort qu'ils ont connu, avec une technologie réduite au minimum. Tout doit être pensé et choisi avec soin, des batteries de camionnettes aux outils à prévoir en double pour parer à toute éventualité. Des canalisations à entretenir avant l'hiver - sans quoi le gel opère de véritables catastrophes - à l'entretien de l'indispensable génératrice... 


Peu à peu, leur perception du monde change, leur rapport aux choses et aux gens n'est plus le même, l'indispensable prend le pas sur l'inutile, ils s'ouvrent à une vie rude libérée des contraintes citadines et superficielles qui laisse la place aux émotions les plus sincères et le lecteur n'a plus qu'une envie, s'évader comme eux, trouver son petit coin de terre au milieu de nulle part, vivre pour soi, fermer la porte au monde et respirer la solitude à plein poumon, et puis s'installer le soir auprès d'un bon feu avec son livre et ses chiens en observant la tempête hurler derrière la vitre, jusqu'au dégel...  


Ce n'est pas comme si nous étions de véritables ermites; simplement, comme disait Thoreau, la plupart d'entre nous veulent examiner leur vie, en même temps que le monde qui les entoure - un monde qui, ici dans les montagnes, vous me croirez si vous voulez, n'est pas tant contrôlé par les autres que par soi-même. 

Lu dans le cadre du challenge Nature Writing de Folfaerie et d'une lecture commune avec Hélène, Syl, Emeralda, Anne et Somaja ! Allons voir ce qu'elles en ont pensé !...

Winter - Rick Bass - Editions Gallimard - Collection Folio - 2010


 

9 commentaires:

  1. Une belle et fraîche lecture commune !

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  2. Billet très bien écrit. Tu as su retenir les images clefs.
    Biz

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  3. A lire bien au chaud au coin du feu ou carrément oser le contraste et le réserver pour les plages estivales ou le transat fumant sous la canicule ! Je note la référence, merci !

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  4. Ces lectures communes sont décidemment l'occasion de découvrir de superbes livres ^^

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  5. Je suis tout à fait d'accord, les pages où il exprime ses émotions où quand il fait de l'introspection sont les plus belles. Ce n'est pas du Thoreau ni du Emerson, mais ça ne laisse pas indiférent.

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  6. oups ! "indifférent" , bien sur !

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  7. Je l'ai noté déjà, mais j'attends la canicule pour le lire car la neige et le froid sont trop présents ici pour avoir envie d'en rajouter une couche disons...

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  8. Encore un bon billet sur Winter, j'en suis ravie ! Il te faut maintenant explorer ses autres oeuvres naturalistes :-))

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  9. @Hélène : Une lecture commune très sympa, c'est vrai !
    @Syl : Toi aussi ! J'ai beaucoup aimé le tien !
    @La Ruelle Bleue : Une visite qui me fait plaisir ! Bienvenue !! C'est vrai qu'on s'imagine le lire plus au coin du feu que sur une plage ensoleillée mais je pense que dans tous les cas, le plaisir est là !...
    @Yuoko : Oui, c'est toujours une belle initiative ! C'est vraiment sympa de pouvoir comparer ses impressions de lecture ensemble !
    @Somaja : Ce sont les passages qui m'ont le plus émue. J'adore voir sa transformation s'opérer au fil du temps...
    @Jules : Je vois !! J'espère qu'il te plairas autant qu'à moi !
    @Folfaerie : Encore une belle découverte grâce à ton challenge ! Décidément, c'est un style de littérature que je découvre, et je vais de révélations en plaisirs ! Et j'aimerais beaucoup effectivement, connaître ses autres oeuvres. Mais j'ai toujours autant envie de découvrir Abbey !

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