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dimanche 30 janvier 2011

Lolita - Vladimir Nabokov



<< Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois reprises, contre les dents. Lo. Lii. Ta. Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l'école. Elle était Dolorès sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita. >>


Je me suis longtemps demandée comment parler de ce chef d'oeuvre tout en rendant justice à la prose de Nabokov et à la subtilité dont il a usé pour évoquer un sujet difficile et un peu rebutant. Je dois reconnaître que j'ai adoré ce livre et qu'au-delà du sujet, les émotions rendues sont incomparables et l'écriture tout bonnement divine.


Lolita c'est débord l'histoire d'une passion. Celle du narrateur, le curieux Humbert Humbert, qui rédige ses mémoires en prison, d'après ce que l'on comprend du récit, et qui voue une adoration sans borne pour les jeunes filles. C'est l'histoire d'une fascination pour la grâce et la beauté des nymphettes qu'il observe de loin, comme un prédateur séduisant, au contact desquelles son plaisir est à son comble et son lyrisme explose. C'est surtout le récit d'une relation charnelle et immorale dans laquelle le narrateur va se perdre et que l'on pourrait séparer en trois parties : la rencontre, la fuite et la tragédie.


Lorsque, après de nombreux aléas et un mariage raté, Humbert quitte l'Europe et décide de s'installer chez l'habitant aux Etats-Unis, c'est pour se retrouver confronté à Charlotte Haze et à sa fille, Dolorès, dont il tombe éperdument amoureux dès le premier regard. Elle a douze ans, c'est une jeune fille ordinaire - certes jolie - mais au caractère insupportable qui, pourtant, va bouleverser son existence. En elle, il retrouve le fantôme d'un amour passé. Lolita réunit toutes les perfections dont il pare les nymphettes qui font sa joie : elle sera l'objet de son désir envers et contre tous.


"Je marchais toujours derrière Mrs Haze quand, au-delà de la salle à manger, jaillit soudain une explosion de verdure -"la Piazza !" chanta mon guide, et subitement, au dépourvu, une longue vague bleue roula sous mon coeur et là, à demi nue sur une natte inondée de soleil, s'agenouillant et pivotant sur ses jarrets, je vis mon amour de la Riviera qui m'observait par-dessus ses lunettes noires [...] Il m'est quasi impossible d'exprimer avec assez de force cet éclair, ce sursaut, ce choc de reconnaissance passionnée.

Il épouse la mère en pensant ainsi pouvoir se rapprocher de la fille sans éveiller les soupçons, combine toutes sortes de manoeuvres toutes plus délirantes les unes que les autres pour obtenir l'objet de ses fantasmes, et le sort va finalement lui livrer Lolita, pour qui il devient l'unique tuteur légal en quelques jours. Humbert entraîne la petite Dolorès Haze dans un périple à travers les Etats-Unis qui durera une année entière - il se fait passer pour son père - et au terme duquel ils décideront de se fixer dans une petite ville de la Nouvelle-Angleterre. L'occasion pour l'auteur de nous faire profiter de descriptions admirables du paysage américain et de ses étendues sauvages.


Nabokov nous livre, avec Lolita, la confession d'Humbert Humbert, un homme intelligent et cultivé, drôle - souvent hilarant ! - qui prend le lecteur à témoin, s'enorgueillit de sa culture européenne, et demeure néanmoins sans complaisance vis à vis de ses actes. Un homme malheureusement soumis à sa passion pour les nymphettes - terme qu'il utilise allègrement à travers son récit - contre laquelle il a cessé de lutter voilà bien longtemps, et qui va durement le mener à sa perte. On oscille entre la pitié et le dégoût devant ses excès, sa paranoïa, ses crises de jalousie répétées, et le mur indolent, blasé et stupide que représente la petite Dollie face à ses assauts. Après plusieurs années d'une vie de fuites et d'errances de motels sordides en bungalows bon marché, même les transformations physiques et la pauvreté intellectuelle de Dolorès ne freinent pas la fascination qu'elle exerce toujours sur lui. Les tromperies, les mensonges et les trahisons ne parviendront pas plus à le détourner de cette gamine immature et vulgaire pour laquelle il développe des sentiments purs, allant jusqu'à confondre le lecteur dans ses impressions lorsqu'il évoque ses penchants. Parce qu'Humbert séduit, poétise mais n'emprunte jamais la voie de la violence. Il dissèque ses sentiments, nous expose sans vergogne l'attirance qu'il éprouve pour Lolita, et on évolue donc dans une zone trouble où la pitié le dispute au dégoût et à la répulsion, où la honte, l'immoralité et l'absurde cotoient le magnifique et les envolées lyriques...


Car le plus troublant - là où Nabokov excelle ! - c'est évidemment d'apporter la confusion dans l'esprit du lecteur, c'est de nous faire assister aux désordres psychologiques d'un personnage que l'on ne peut trouver ni sympathique, ni antipathique non plus, c'est de nous pousser insidieusement à plaindre son héro vieillissant qui se consume dans une relation à sens unique vouée à l'échec, où les sentiments sont entachés par la peur et le souci de la moralité. Un amour dont la source ne peut que corrompre  la plénitude et la satisfaction des sentiments. Parce qu'Humbert est amoureux de sa Dollie, il la gâte, il l'admire, il la vénère, et son récit est une ode à l'amour, à la passion absolue pour le fruit défendu incarné par la jeunesse, l'intrépidité et la nonchalance de Lolita. Une forme d'amour irrésistible pour laquelle il risque sa carrière et sa vie, et se noie dans les méandres de la méfiance et du délire parano. Jusqu'au pire, jusqu'à la tragédie... 


Lolita, c'est un chef d'oeuvre littéraire, un récit enivrant dont la prose n'a d'égale que la ferveur d'Humbert Humbert, c'est une histoire pleine de sensibilité et de noirceur, une histoire sordide et émouvante malgré tout. Et c'est un très grand coup de coeur !


"Voici la fin de mon récit. Je viens de le relire. Des lambeaux de moelle adhèrent encore à son ossature, et du sang, et de ravissantes mouches vertes. A tel ou tel détour, je sens que mon personnage élusif et visqueux m'échappe, pour plonger dans des eaux bien trop noires et profondes pour que j'ose les sonder."


Voici un billet qui n'omet rien et parle de ce chef d'oeuvre avec subtilité sur le site de FoudreOlympienne, et un autre avis découvert sur le site Babelio, et rédigé par Vincentf que j'ai trouvé excellent ! Et les billets des bloggueurs répertoriés chez BOB !


Lolita - Vladimir Nabokov - Editions Gallimard - Collection Folio - 1999


Ma note
 
    

    
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9 commentaires:

  1. Oui, un chef d'oeuvre. J'ai beaucoup lu Nabokov, j'avais à une époque un projet de mémoire sur cet auteur !! J'aime ses romans russes aussi.

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  2. Très beau billet. Cela me redonnerai presque le goût de le relire (avec quelques années de plus pour voir mon sentiment changer).

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  3. Je l'ai lu quand j'étais ado et la prose de Nabokov m'avait bluffée !

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  4. Pareil que Syl. Ton très beau billet me donne l'envie de replonger dans ce chef d'oeuvre que j'avais adoré.

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  5. Je me rappelle de sa belle écriture... mais bon l'histoire est assez déroutante et dérangeante...

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  6. Très très beau billet. Je n'ai jamais osé ce roman de Nabokov... j'ai toujours un peu peur, en raison du thème...

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  7. @Antigne : Je ne connais pas ses autres romans mais je crois que je vais très vite em renseigner sur ses oeuvres !...
    @Syl : Merci ! Parfois, relire ce genre d'ouvrage avec le regard d'un adulte, ça peut tout changer !!
    @Leiloona : C'est magnifiquement écrit et je ne m'attendais vraiment pas à ça ! C'est une excellente surprise !
    @Manu : Merci !
    @Maggie : C'est vrai que l'histoire est parfois insupportable, j'ai malgré tout énormément apprécié cette lecture. Les sentiments sont troubles, c'est tout autant difficile d'aimer que de détester le narrateur... Et c'est là que réside tout le génie de Nabokov...
    @Karine : Le thème est dur, mais la prose est magnifique, c'est définitivement un classique à découvrir, en tout cas pour moi !...

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  8. Je te retourne le compliment, ton billet évoque le bouquin avec subtilité, et passion même. Tu l'as vu, je n'ai réussi à apprécier Lolita, mais j'aimerais retenter Nabokov. Tu as quelques pistes à me recommander ?

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  9. @GiZeus : Merci pour ta visite ! Malheureusement, je n'en ai aucune puisque ce fut mon premier livre de cet auteur. Je suis donc mal placée pour conseiller d'autres ouvrages, mais j'ai moi aussi très envie de redécouvrir cet auteur au travers d'un autre ouvrage...

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