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mardi 28 décembre 2010

Légendes d'Automne - Jim Harrison





"Les romans de Harrison font entrevoir en chacun de nous l'ombre portée du criminel, du tricheur et du saint. Au surplus, le style est à lui seul un chef-d'oeuvre, une leçon pour les auteurs français plus habiles à sodomiser les mouches de la ponctuation, à sacraliser des arguties qu'à livrer une inspiration urgente. Le roman, pour Harrison, c'est la religion du délire. II enivre les mots, les soûle à mort ; il écrit à tue-tête et bâtit des phrases où se devinent encore les ahans et les suées. Jim Harrison est un écrivain passionné donc il nous passionne."

Yann Queffélec, Le Nouvel Observateur


Que dire de plus ? Condensés dans trois puissants récits au charme évocateur, c'est une ode à la vengeance, à la liberté, à la rédemption et surtout à l'amour inconditionnel de chacun des personnages pour un pays magnifique, qui nous saute au visage une fois parcourues les premières pages de ce recueil. Le style de Jim Harrison que je découvre pour la première fois est simple, percutant et poétique à la fois. Sa façon de décrire et de célébrer les grandes étendues américaines, leur charme fragile et leur spectaculaire beauté au fil des saison, est juste saisissante. Une fois entamé le récit, je n'ai pas pu le reposer avant d'être arrivée à la fin. 


Les personnages campés dans chacune de ces trois nouvelles sont des héros au sens propre du terme. Des figures romanesques puissantes et pleines de rage, que seules l'évasion, l'amour et la liberté motivent.


Dans Vengeance, la passion et l'amitié sont à l'honneur. Un homme tombe éperdument amoureux de la femme d'un mafieux mexicain proche du milieu de la drogue. Une fois découverts, les amants sont soumis à la colère du mari trompé, mais l'homme s'en tire et va désormais se consacrer à sa propre vengeance, parcourant les plaines arides du désert mexicain à la recherche de la femme qu'il aime. Cette région que je ne m'attendais pas à découvrir ici, forme la toile de fond d'une tragédie aussi dure et impitoyable que ses espaces rocailleux et brûlés par le soleil, hantés par le chant des coyotes la nuit. Jim Harrison dépeint avec brio le courage d'un homme déterminé à tout mettre en oeuvre et à user de violence et de stratagème pour braver ceux qui l'ont détruit.  


L'Homme qui abandonna son nom nous conte l'histoire de Nordstrom, un brillant homme d'affaire qui prend paisiblement conscience de l'absurdité de sa vie peu après son divorce, et qui décide de s'affranchir de tout ce qui faisait son existence. Il quitte son travail, les siens, se met à la cuisine et entre deux séances de danses dans son appartement, la nuit, se pose toutes sortes de questions sur la vie et les gens qui l'entourent, et revient parfois sur les périodes de son passé dans le Wisconsin qui l'ont le plus marqué. A l'aide d'un journal qu'il se met à rédiger, il exprime ses doutes, sa passivité, ses émerveillements, la manière dont les autres le perçoivent. C'est un texte qui m'a personnellement beaucoup touchée, et qui fait appel à cet inconscient présent en chacun de nous qui nous pousse à vouloir nous libérer des contraintes sociales et à trouver le courage de rejeter tout ce que nos existences ont de superficiel pour se rapprocher de ce que la vie a de plus vrai. Nordstrom est de plus un personnage extrêmement sympathique.


Légendes d'automne, dont s'est inspiré le film d'Edward Zwick, retrace l'histoire de la famille Ludlow à l'aube de la première guerre mondiale, et tout particulièrement le parcours mouvementé de Tristan, un homme révolté après le décès de son frère sur le champ de bataille, qui va consacrer une partie de sa vie à balader son chagrin au gré de ses voyages à travers le monde. Dans cette nouvelle particulièrement lumineuse et triste à la fois, l'auteur parvient à saisir l'essence même du bonheur dans ce qu'il a d'éphémère et de fugitif, souvent noyé au milieu des drames de l'existence. Les paysages magnifiques du Montana défilent sous nos yeux au fil de leur évocation, la complexité et la force des caractères font honneur à la splendeur de cette région sauvage si parfaitement mise en valeur sous la plume de Jim Harrison, qui en fait d'ailleurs un personnage à part entière de son récit.


Trois récits pour trois lieux à trois époques différentes, qui brossent les portraits d'hommes déterminés et courageux, parfois aussi sauvages que cette nature dans laquelle ils évoluent et à laquelle chacun d'eux est si profondément attaché. 


Vous l'aurez compris, Jim Harrison représente pour moi une découverte magnifique qui va heureusement se prolonger grâce à Retour en Terre, déjà présent dans ma PAL ! J'ai hâte de retrouver la plume de ce grand écrivain !




Légendes d'Automne - Jim Harrison - Editions 10-18 - Domaine Etranger - 2010




Ma note 
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10 commentaires:

  1. Légende d'automne me rappellera toujours Brad, impossible de passer à côté! Je me dis depuis longtemps qu'il faut que je lise ces nouvelles.

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  2. Mon chéri est en train de le lire. Après avoir lu ta critique quelque chose me dit que je vais lui emprunter !

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  3. @Karine : Moi aussi ! J'avais beaucoup aimé le film ! Je pleurais toujours à la mort de Samuel... Tiens rien que d'y penser...
    @Diane : Il a bon goût cet homme-là !! Est-ce qu'il apprécie ? En tout cas, je te le conseille vivement, c'est un vrai moment de plaisir et d'introspection !

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  4. Belle présentation. J'ai bien aimé Un bon jour pour mourir aussi.
    http://chamane51.skyrock.com/2834171648-Un-bon-jour-pour-mourir-de-Jim-Harrison.html

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  5. Bien sûr...Brad. Un livre que je n'ai pas lu mais qui me tentera sans doute un jour !!

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  6. @Chamane51 : Merci pour ta visite ! Je viens de lire ton billet magnifique sur "Un bon jour pour mourir" (que je dois lire impérativement !)Et je découvre ton blog par la même occasion !
    @Antigone : On a toutes été marqué par sa performance !! Mais c'est un excellent bouquin que je ne suis pas mécontente d'avoir ressorti de ma pile !

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  7. Oui, la mort de Samuel! :s Ton bllet donne vraiment envie, il m'a ému! Je note! (et jusqu'à ton billet j'ignorais qu'il s'agissait d'un recueil de trois nouvelles ^^')

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  8. @Sabbio : Tu ne seras pas déçue !

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  9. J'aime beaucoup ce que tu dis sur la troisième nouvelle, "l'auteur parvient à saisir l'essence même du bonheur dans ce qu'il a d'éphémère et de fugitif, souvent noyé au milieu des drames de l'existence." Je me suis sentie aussi proche de Tristan que j'ai pu l'être de Dalva. Harrison a un tel talent que j'ai plus de sympathie ou d'affection pour ses personnages de papier que pour certaines pesonnes réelles que je côtoie ! Hum, faut-il que je consulte ?

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  10. @Folfaerie : C'est que Nordstrom dans la seconde nouvelle par exemple, est vraiment quelqu'un d'extrêmement sympathique ! Et comment ne pas se sentir proche de gens pour qui la vie est une suite perpétuelle de tragédies (comme Tristan) et qui restent pourtant déterminés et proches des leurs ? Non rassure-toi, pas la peine de consulter. Avec cette société individualiste dans laquelle on vit, difficile de trouver son voisin de palier ou son collègue sympathique au train où vont les choses ! C'est pour ça que c'est tellement bon de s'évader un peu avec des romans comme ceux de Jim Harrison ! D'ailleurs je vais me mettre à Edward Abbey dont j'entends tellement de bien ici et là !

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