• /

lundi 27 décembre 2010

Le Rouge et le Noir - Stendhal




Que j'aime ces vieux romans des Editions du Livre de Poche à la tranche rouge et aux bonnes vieilles odeurs si caractéristiques !... Et même pas abîmé malgré les années ! Je trouve que cette odeur particulière des vieux livres un peu poussiéreux participe au bonheur de se plonger dans une bonne histoire. Mais ceci était une parenthèse.




Voilà que je viens de refermer cette oeuvre de Stendhal que je ne connaissais pas et qui dormait sur une pile depuis pas mal d'années. Le moins que je puisse dire, c'est que ce fut une lecture laborieuse, longue et parfois même difficile. J'ai tout de même mis plusieurs semaines à terminer ce livre et le fait d'avoir fait plusieurs lectures croisées n'a pas été très judicieux. Il m'a fallu à chaque fois pas mal de temps pour me remettre dedans. En tout cas, je l'ai fini, et c'est tant mieux !


Non que le style de Stendhal m'ait déplût, bien au contraire, son écriture est simple et directe, sans fioriture et agréablement facile à aborder. Je me suis donc plongée dans cette histoire avec beaucoup de plaisir, et j'ai été très vite séduite par l'intrigue, la langue, les descriptions d'une époque haute en couleurs, les personnages fouillés et sensibles magistralement dépeints par Stendhal, tout cela aux côtés de Julien Sorel et de Mme de Rênal. 



L'histoire se déroule sous la Restauration. C'est celle de Julien Sorel, tout jeune homme de dix-neuf ans, élevé avec ses frères dans la scierie familiale. Il est différent des membres de sa famille. Par son physique, d'abord, et par ses ambitions ensuite. Rêveur, passionné de littérature, possédant une mémoire prodigieuse, Julien entretient des rêves de gloire, méprise son père et ses frères qui le brutalise, et souhaite désespérément quitter sa petite ville de Verrières, en Franche-Comté. Le jour où M. de Rênal, le maire de la ville, homme riche et influent, souhaite introduire un précepteur auprès de ses enfants, on lui recommande ce jeune homme pauvre et mélancolique, mais plein d'instruction, qui va apporter bien des bouleversements dans son foyer...


La psychologie de Julien Sorel est complexe, tiraillé qu'il est entre son amour du pouvoir - et son désir d'accomplir de grandes choses comme son idole, Bonaparte - sa haine de la bourgeoisie, sa jeunesse et cette volonté qui l'obsède de s'enrichir à tout prix. Son caractère est extrêmement bien rendu par Stendhal : sa personnalité, ses manières et cette façon qu'il a de vouloir contrôler chacun de ses gestes, parfois jusqu'au ridicule, m'ont souvent emportée aux limites de l'antipathie. Hésitant entre une carrière religieuse ou une vie de soldat, il lutte contre lui-même pour développer les qualités qui peuvent faire de lui un grand homme, et modèle ses attitudes sur ces bourgeois qu'il méprise tant. De là en découlent une réserve et un manque de naturel affligeants, mais il se fiche des conséquences. Car, face à lui, à son égocentrisme et à son ambition démesurée, on découvre Mme de Rênal, une femme encore jeune, pleine de douceur, belle et terriblement naïve, dont les sentiments exacerbés pour Julien vont l'amener à prendre de vrais risques, et à s'exposer à la vindicte populaire. C'est une femme qui ignore finalement tout de l'amour et qui le découvre dans les bras du petit précepteur. Exemptes de coquetterie, ses émotions sont passionnées et vraies. Elle oscille entre le remord le plus profond et la joie la plus absolue en présence de son amant. Mais elle est finalement aussi innocente que l'est Julien dans ce domaine. Et elle souffre de le voir tantôt froid et distant vis-à-vis d'elle, et tantôt trop empressé, au point qu'il met sa réputation en danger.


Afin de protéger sa réputation face à une situation de plus en plus risquée, Julien est envoyé d'abord dans un séminaire afin de parfaire son éducation religieuse, puis il est remarqué par le Marquis de la Mole qui le prend sous son aile et le nomme secrétaire. C'est ainsi que Julien Sorel découvre la société aristocratique de Paris, évolue parmi les hautes figures de l'époque dont l'hypocrisie, l'apathie et les complots de salon le déstabilisent complètement. Il fait aussi la connaissance de la fille de son bienfaiteur, Mathilde, qui succombe à sa personnalité vive et tranchée, tellement différente de celle de ses prétendants. Mais la tragédie n'est jamais loin, et les choix de Julien vont l'amener à commettre le pire des crimes...   


Au-delà de la psychologie de ces personnages, dont la profondeur est vraiment bien décrite par Stendhal, véritable psychologue de son époque, on découvre aussi toute une critique de cette société du début du XIXème, les moeurs d'une bourgeoisie de campagne et les salons raffinés de la capitale. Les opinions et les discussions politiques des personnages croisés entre ces pages englobent une bonne part du récit, avec des passages parfois un peu longs, qui permettent malgré tout de mettre en lumière le climat politique de cette période de l'histoire que je connaissais très peu.


Mais le récit souffre tout de même de beaucoup de longueurs, et quoique le style soit encore une fois très facilement abordable, il y a certains passages du roman face auxquels je me suis prise à bailler, et que j'ai parcouru un peu en diagonal. De plus, les multiples revirements de Mathilde de la Mole et les incessantes tergiversations de Julien Sorel ainsi que son incroyable scepticisme et les nombreux vices de son caractère, m'ont parfois beaucoup ennuyé... Heureusement, il entre aussi dans sa personnalité une bonne part de cette naïveté qui charme Mme de Rênal et nous le montre sous un aspect un peu moins manipulateur.


En bref, un classique de la littérature française que je suis heureuse d'avoir découvert parce que les personnages principaux sont des figures du romantisme de cette époque, et que la critique de cette société et son contexte historique dépeints par l'auteur sont un régal.


Le Rouge et le Noir - Stendhal - Le Livre de Poche - 1969


Ma note
Multi-styled Text Generator at TextSpace.net
Multi-styled Text Generator at TextSpace.net


7 commentaires:

  1. On perd l'habitude de lire de tels classiques... mais je suis d'accord avec toi que l'odeur des vieux livres participe au plaisir !!
    Je l'ai lu il y a longtemps mais j'en garde un bon souvenir.

    RépondreSupprimer
  2. Lu en terminale, je me rappelle avoir peiné au début mais avoir été emportée ensuite par ce roman.

    RépondreSupprimer
  3. @Antigone : C'est vrai ! D'où l'intérêt de l'Objectif PAL qui permet de dépoussiérer tous ces ouvrages !
    @Manu : Moi, c'est le début qui m'a assez plût, mais j'ai eu une période un peu laborieuse au milieu. Le final est par contre vraiment bien !

    RépondreSupprimer
  4. j'aime aussi beaucoup ces éditions, qu'on ne trouve plus que d'occasion maintenant. Ca accentue l'odeur de vieux livre. J'aime bien faire tourner les pages rapidement devant mon nez ^^
    J'ai lu Le Rouge et le Noir quand j'étais ado, j'avais beaucoup aimé les personnages mais 'javais trouvé l'intrigue un peu trop lente et tordue parfois

    RépondreSupprimer
  5. @Tiphanie ! Oui ! Et j'avais la même pour Mrs Dalloway. Moi aussi j'aime bien coller mon dessus et renifler l'odeur !! Le Rouge et le Noir est un grand bouquin et un classique à découvrir mais il ne m'a pas touché comme je l'aurais cru... Dommage...

    RépondreSupprimer
  6. C'est un des romans que j'ai le plus lu et relu... maintenant il faut que tu lises "la chartreuse" !!!

    RépondreSupprimer
  7. @George : Te voilà de retour ! En fait, il y a beaucoup de gens qui s'accordent à dire que "La Chartreuse de Parme" est meilleur. Je l'ai quelque part à la maison mais je n'ai jamais vraiment été tentée...

    RépondreSupprimer

Tranches... de livres ! © 2014 - Designed by Tranches... de Livres !, Plugins By MyBloggerLab.com