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dimanche 28 novembre 2010

Les Chutes - Joyce Carol Oates


Au matin de sa nuit de noces, Ariah Littrell découvre que son époux s'est jeté dans Les chutes du Niagara. Durant sept jours et sept nuits, elle erre au bord du gouffre, à la recherche de son destin brisé. Celle que l'on surnomme désormais " la Veuve blanche des Chutes " attire pourtant l'attention d'un brillant avocat. Une passion aussi improbable qu'absolue les entraîne, mais la malédiction rôde...


Débuté dans le cadre d'une lecture commune, je n'ai pas été capable d'achever ce récit dans les temps, malheureusement. Je suis passée par toutes les émotions, et je dois dire que je suis tombée sous le charme de l'écrivain Joyce Carol Oats grâce aux Chutes, mon premier roman de cet auteur. La sensibilité avec laquelle elle a brossé les portraits de ses personnages, et leur mode de vie ainsi que leur histoire personnelle, m'a touché dès les premières pages du récit, et je suis restée accroché à l'histoire jusqu'au bout. Une chronique familiale qui évoque les aléas de la vie et les coups durs subis par une famille américaine des années 50 aux années 70. 



Cette histoire, c'est avant tout celle d'Ariah Littrell, fille de pasteurs, jeune femme timide et banale qui épouse, à l'aube de la trentaine, Gilbert Erskin, un pasteur lui aussi - elle sera sa femme pour une nuit seulement. Au matin de sa nuit de noce, Gilbert a disparu, il s'est enfui pour échapper à un avenir qui l'effraie, à une épouse qui le dégoûte, et peut-être aussi, à une homosexualité à peine évoquée. Malgré sa religion et ses convictions, il court vers les chutes du Niagara, théâtre de sa nuit de noce pathétique, et s'y précipite pour échapper à cette vie qu'il ne maîtrise plus. Et laisse Ariah seule et désemparée, persuadée d'être victime d'une malédiction, et qui durant sept jours, errera aux bords des chutes jusqu'à ce que l'on retrouve le corps du disparu. C'est à cette période que Dirk Burnaby, un jeune avocat séduisant et célibataire, la remarque et tombe éperdument amoureux. Malgré le mécontentement de leurs deux familles, il se marient et s'installent dans la ville de Niagara Falls... 


Les années passent, les grossesses se succèdent, mais Ariah sombre peu à peu dans une sorte d'état névrosé qui la rend hyper protectrice vis à vis de ses enfants, l'isole de ses voisins et des relations de son époux, et l'éloigne progressivement de Dirk, que son travail d'avocat accapare. Dans le même temps, toute la population d'un quartier modeste situé à l'autre bout de la ville succombe à des maladies liées aux émanations de déchets toxiques enfouis au pied de leurs maisons. Les grandes industries chimiques de la ville sont mises en cause, et Dirk Burnaby décide de représenter gratuitement les plaignants, malgré l'opinion publique, malgré le jugement défavorable de ses amis et de sa famille. Au terme d'un procès chaotique dont le verdict est rendu par un juge corrompu, l'époux d'Ariah perd l'affaire puis disparaît mystérieusement. Vingt ans plus tard, ce sont ses enfants qui, chacun à travers la voie qu'il se sera choisi, révéleront la vérité et mettront en lumière les circonstances inexpliquées du décès de leur père.


Le récit gravite autour d'Ariah, figure centrale du roman, une femme étrange, à la personnalité complexe, incroyablement volontaire, que ses réactions improbables et ses jugements sévères ne permettent pas toujours d'apprécier à sa juste valeur. Un personnage difficile à aimer tout autant qu'à juger, pourtant. Une femme fière et contradictoire, tout en nuances, autour de laquelle les gens, les objets, les situations parfois dramatiques se succèdent. Comme ses enfants, le lecteur a conscience de son isolement, de son protectionnisme extrême, mais ne l'en aime pas moins malgré ses défauts et sa froideur. 


Au travers d'un récit qui s'étale sur presque 30 années, Oats confronte son lecteur à la société américaine bien-pensante de ce milieu du XXème siècle, ses moeurs et son hypocrisie, la corruption omniprésente parmi les notables de la ville dont la négligence est difficilement supportable.  On évolue d'abord dans un milieu relativement aisé, on parcourt Prospect Avenue, la partie ancienne et réputée de Niagara Falls, avec ses immeubles victoriens, ses maisons de maîtres et ses hôtels de luxe. Et les chutes sont là, tout près, à chaque page, évoquées comme un personnage à part entière, leur présence menaçante, immense et perpétuelle nous est rarement épargnée. 


Mais la seconde moitié du récit nous fait entrevoir un autre aspect de la ville, ses quartiers pauvres, ses maisons aux façades minables, ses multiples usines chimiques, sa voie de chemin de fer. Oats souligne la misère et les difficultés des travailleurs à cette époque et évoque le climat social des années 60, ainsi que les conditions dans lesquelles l'expansion de la ville de Niagara Falls a eu lieu. On assiste  au déclin d'une partie de cette ville - la plus ancienne - avec ses hôtels magnifiques supplantés par des immeubles plus modestes. A l'accroissement du tourisme d'une part, et à l'invasion des grandes industries d'autre part, avec tout ce que cela entraîne. Son écriture est précise, agréable et fluide. Mais plus que tout cela, c'est l'énergie avec laquelle elle dépeint des personnages sensibles, envahis par les doutes et les questionnements, et dont la complexité nous les rend proches et très réels, qui m'a séduite. Et la présence quasi permanente des chutes, de leur rivière et des grands lacs tout proches, apporte leur grondement et leur puissance théâtrale à ce récit captivant.


Oats est un auteur généreux, capable d'évoquer une chronique familiale dans toute sa splendeur et sa complexité sans qu'un seul instant le lecteur puisse s'ennuyer. Ce sera donc pour moi un grand coup de coeur que ces Chutes qui précéderont certainement d'autres ouvrages de cet écrivain américain !


Les avis de Manu, Restling, et Mango, qui ont elles aussi lu ce livre dans le cadre de cette lecture commune (et qui ont rendu leur devoir à l'heure ! Pas comme d'autre...)




Les Chutes - Joyce Carol Oates - Editions Point - 2006



  

12 commentaires:

  1. J'adore Joyce Carol Oates et j'ai beaucoup aimé Les Chutes lu il y a quelques temps déjà. Par contre j'ai un peu de mal à faire une critique de ses livres tant il y a d'approches possibles et je trouve que tu t'en ai vraiment bien tiré. Le seul sur lequel j'ai fait un billet c'est Blonde mais qui est un peu à part dans son oeuvre. Je retourne mettre un avis positif à ta critique sur Babelio.

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  2. Comme tes collègues de lecture commune tu as su me donner envie et je vais très probablement commencer mon aventure oatesienne par ce roman, tout comme toi!

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  3. Je suis contente que ce roman t'ait autant séduite. Ikebukuro a raison. Ce n'est pas facile d'analyser les romans de JCO mais ton billet est très bien fait !

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  4. Je dois lire un roman d'elle, même si je n'ai pas pu terminer l'un de ses recueils.

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  5. Je suis ravie que tu aies aimé ce livre à ton tour! Il est difficile à oublier et depuis, peu de livres ont trouvé gré à mes yeux! Je ne peux pas m'empêcher de comparer! Il restera pour moi un livre phare de cette année!

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  6. @Ikebukuro : Merci pour ton enthousiasme ! Mais c'est vrai que c'est un super bouquin qui ma beaucoup inspiré !! J'ai très envie de lire "Blonde" maintenant !
    @Sabbio : Vas-y, c'est un très bon récit !
    @Manu : Merci ! J'ai passé un excellent grâce à cette lecture commune.
    @Livvy : Un de ses recueils ? Lequel ?
    @Mango : Exact ! Même chose pour moi ! Avec quelques autres auteurs découverts cette année, Oats est une excellente surprise pour moi et je suis contente d'avoir mis le nez dans ce livre-là !! Je n'ai plus qu'à découvrir ses autres oeuvres, maintenant !

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  7. J'ai encore plus hâte de le lire maintenant ! :)

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  8. @Isa : C'est gentil ! Si tu as l'occasion, lis-le ! Tu ne seras pas déçue !

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  9. je viens de terminer de rédiger mon billet sur ce roman ! j'ai été moi aussi séduite et fascinée !

    Nane

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  10. @Nane : Je vais de suite lire ton avis enthousiaste !

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  11. Oh la la ! je relis ton billet et il est magistral ! bravo, tu as su rendre avec brio les émotions et les histoires dans l'histoire ... je suis un peu jamaouse de ce billet, il est si bien rédigé !

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  12. @Nane : C'est trop gentil de ta part, Nane ! Je viens de lire le tiens, et je le trouve extrêmement bien tourné. Je trouve que tu as été beaucoup plus pertinente que moi en évoquant Ariah et ses enfants, et les relations particulières qu'elle entretient avec eux !

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