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dimanche 7 novembre 2010

La Maison près du Marais - Herbert Lieberman


Un couple à la retraite vivant dans une maison isolée, près d'un marais, se prend d'amitié pour un jeune homme, Richard. Celui-ci s'installe chez eux, s'immisçant dans leur vie quotidienne, perturbant insensiblement, très progressivement, l'ordre des choses, et finissant par loger dans un réduit, sous l'escalier. Huis clos terrifiant par le calme trompeur, par l'appréhension vive qu'il dégage, ce livre, de la première veine de l'auteur de Nécropolis, n'est pas seulement un remarquable récit d'épouvante. C'est aussi une belle réflexion sur la haine et l'angoisse, quand les hommes n'en peuvent plus de tenter de les maîtriser.

Je viens d'achever ce thriller sur une impression très positive. L'ambiance, l'atmosphère extrêmement tendue qui y règnent m'ont permis de passer un excellent moment. Je n'avais plus lu de thrillers depuis quelques temps, et je ne regrette pas d'avoir jeté mon dévolu sur cet auteur.

Le récit se situe aux Etats-Unis, loin des grandes villes, dans une petite maison près d'un marais en bordure de la forêt, où un couple de retraités - les Graves - a décidé de se retirer après l'accident cardiaque d'Albert, le mari. Leur vie s'écoule tranquillement au rythme des saisons, entre le jardinage, les balades en forêt, les bons petits plats mijotés par Alice, et les visites à l'église chaque dimanche. 

Jusqu'au jour où un mystérieux jeune homme, Richard Atlee, fait irruption dans leur vie d'une manière parfaitement banale. Mais Albert va très vite se rendre compte que Richard ne possède rien, vit sans attache, et n'a pas de quoi se loger. Les Graves - qui n'ont jamais eu d'enfant - décident donc de l'accueillir et s'attachent très vite à lui. Albert lui apprend à pêcher, Alice lui tricote de bons gros chandails pour l'hiver et tout irait bien dans le meilleur des mondes si les habitants du village voisin n'y trouvaient à redire. Effectivement, Richard  a tout d'un vagabond, et les esprits commencent à s'échauffer quand les habitants comprennent que les Graves veulent le faire passer pour un des leurs. Car le jeune homme est profondément mystérieux, parfois glacial, il refuse de travailler, de se mêler aux autres, de dévoiler son passé ou les raisons qui l'ont poussé à vivre en marge de la société. Et la tension monte au fil des pages, une succession de petits conflits surviennent, d'abord entre Richard et les villageois, puis entre lui et ses protecteurs, qui trouvent son comportement de plus en plus intrusif et dérangeant.

Ce récit se dévore littéralement ! Je n'ai pas pu le lâcher avant de comprendre où voulait en venir l'auteur, et comment toute cette histoire allait finir. Lieberman sait y faire pour distiller l'angoisse au fil des pages, et la tension entre les protagonistes est pesante. Au fil des mois, la cohabitation étrange et exclusive de ces trois personnages devient lourde, on frémit aux côtés des Graves et on s'inquiète avec eux devant le comportement de Richard Atlee dont le visage d'ange semble receler bien des mystères.

C'est une belle critique de cette société américaine qui se prétend charitable, se rend à l'église chaque semaine, participe aux oeuvres de bienfaisance du comté, mais refuse d'accepter un homme si différent d'elle. Les Graves eux-même, que leur solitude et leur routine quotidiennes poussent à ouvrir les portes de leur maison et de leur coeur à ce jeune homme perdu, deviennent très vite sensibles à l'hostilité du voisinage. Et leur vie va s'en trouver bouleversée. Le dévouement passionné de Richard Atlee finit par les inquiéter et transforme leur affection en répulsion. Même Alice, si douce, si tendre, revient lentement sur ses sentiments...

Qui finalement, de ce garçon sauvage et incompris, surgi des marais un beau matin, amoureux de la nature, prompt à vouloir aider le couple âgé, ou des Graves eux-même, tout emplis de leur vision bienheureuse de la vie, et de leurs théories dégoulinantes de clémence - si difficiles, au final, à appliquer dans la vraie vie - fera preuve de la plus grande trahison ?... Pour le savoir, il faut se plonger dans ce roman d'Herbert Lieberman, qui m'a fait me poser cette ultime question, une fois le livre refermé : "Et moi ? Qu'aurais-je fait à leur place ?..."

La Maison près du Marais - Herbert Lieberman - Editions Seuil - Coll. Points - 1997

2 commentaires:

  1. Et bien, tu sais donner envie, ta dernière phrase est captivante!
    J'avoue que ce n'est pas ce que je lis naturellement même jeune mais en voyant la couverture et le nom je me suis rappelée que j'ai un livre de lui dans ma bibliothèque, "La nuit du solstice" gagné lors d'un concours de la FNAC quand j'étais encore au lycée...Je me souviens que c'était très sombre et que j'avais plutôt aimé...
    Du coup, contre toute attente, je note! :)

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  2. @Sabbio : Effectivement, j'ai beaucoup aimé, et je pense que je retenterai l'expérience avec cet auteur ! J'ai beaucoup entendu parler de "Nécropolis"...

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