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lundi 1 novembre 2010

Vera - Elizabeth Von Arnim



Quelques mois après la mort mystérieuse de Vera, Everard Wemys se remarie avec Lucy, de vingt ans sa cadette. Mais le souvenir omniprésent de Vera, les doutes relatifs à sa mort (accident, suicide, voire crime ?) font planer sur le couple, qui s'est installé à la campagne, dans la grande maison où eut lieu le drame, une ombre noire que ni l'un ni l'autre ne parviendront à chasser.


Elizabeth Von Arnim est vraiment un auteur surprenant. Son jardin allemand se voulait léger et poétique par certains côtés, mais cette histoire qui met en scène une jeune fille sympathique et son nouvel époux a quelque chose de sombre et d'inéluctable, bien loin de la drôlerie du journal intime de Mme Von Arnim...



Le récit débute quelques heures après la mort du père de Lucy, un brillant intellectuel dont elle était extrêmement proche, et qui s'est éteint brutalement le matin-même, dans leur résidence de Cornouailles. Perdue et quelque peu livrée à elle-même après ce drame, Lucy rencontre par hasard Everard Wemys, un homme d'une quarantaine d'années qui vient lui-même de perdre sa femme. Leur chagrin respectif va aussitôt les rapprocher et la jeune fille ne tarde pas à se reposer sur lui pour s'occuper des funérailles de son père. Elle laisse croire à tout le monde qu'Everard est un vieil ami de la famille afin que personne ne s'étonne de leur soudaine intimité. Et leur relation ne tarde pas à évoluer et à se transformer en amour.


Le grand intérêt de cette histoire, c'est que l'auteur expose tout à tour le point de vue de chacun des protagonistes. Nous suivons donc les pensées et les émotions de Lucy, et sa grande vulnérabilité face à un drame auquel elle n'est pas préparée et qui la laisse désoeuvrée. Si bien que le lecteur s'interroge à son tour lorsqu'elle se rapproche d'Everard Wemys : est-elle réellement amoureuse de lui ou cherche-t-elle juste à comble le vide que le décès de son père a créé ? Quant à Wemys, aucune de ses pensée ou de ses intentions ne nous sont épargnées, il est antipathique à souhait dès les premières pages, et il devient très vite évident que cet homme est d'un égoïsme incroyable. Mais ses sentiments amoureux sont véritables, et poussés à l'extrême. Et puis on fait la connaissance de la tante Dot de Lucy, une vieille dame terriblement émotive, mais pleine de tendresse pour sa nièce et qui, elle aussi, succombe très vite au charme et au dynamisme d'Everard.


De retour à Londres, Wemys continue sa cour et ne tarde pas à demander Lucy en mariage, qui accepte malgré l'opinion de ses amis. Sa tante elle-même réalise progressivement que le comportement du futur époux est étrange, que le deuil récent qui l'a frappé ne semble pas l'avoir abattu outre mesure. Chacun tente de faire revenir Lucy à la raison, mais la jeune fille est éperdument amoureuse de cet homme vigoureux, certes plus âgé qu'elle, mais tellement rassurant, et elle s'obstine dans son projet. 


Sans respecter les délais dictés par la bienséance, Everard épouse Lucy moins d'un an après le décès de Vera. Et sa véritable personnalité ne tarde pas à refaire surface, puisque la lune de miel tant attendue devient un véritable supplice pour la jeune fille, à laquelle son époux ne concède même pas quelques minutes d'intimité. Il refuse de se séparer de sa jeune femme, partage même leur cabinet de toilette, l'entraîne dans des visites de châteaux toutes plus longues et éreintantes les unes que les autres, sans se préoccuper de sa fatigue, et réclame sans arrêt toute son attention. Cette lune de miel en France nous indique bien la tournure que prendront leurs rapports dans l'avenir, des rapports basés sur l'égoïsme, la stupidité et le manque d'indulgence d'Everard face aux réactions et aux émotions de Lucy. Il montre les contraintes que la jeune fille devra endurer pour éviter de se fâcher avec Everard, et conserver un climat de paix dans son foyer. Car chaque phrase est pesée, réfléchie, étudiée avant d'être lâchée devant cet homme borné, qui n'accepte aucune critique, et ne souhaite qu'une chose : que chacun se range à son opinion.


Et puis c'est le retour aux "Saules", la maison de campagne d'Everard, où Lucy craint de vivre puisque c'est la résidence de la précédente Mme Wemys.


Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il est difficile de comprendre l'apathie de Lucy face au despotisme de son époux. L'amour excuse beaucoup de choses, certes, mais le comportement d'Everard Wemys frôle parfois la déraison. Le lecteur doit subir cette aversion profonde qu'Everard suscite, en plus d'avoir la malchance de connaître ses pensées et les raisons qui motivent sa conduite scandaleuse. 


La scène marquante du thé servi dans la pièce ou sa précédente femme serait morte, est un exemple particulièrement frappant de la méchanceté de cet homme. Non content de faire subir cette épreuve à Lucy, qui se sent extrêmement mal à l'aise en ces lieux tragiques, il prend plaisir à tyranniser ses domestiques.


Elizabeth Von Arnim a construit un récit très sombre autour de ces deux personnages, on se sent rempli de pitié pour la jeune Lucy qui pardonne tout par amour et s'excuse auprès de son époux même lorsqu'elle n'a rien à se reprocher. La tyrannie d'Everard Wemsy, son protectionnisme poussé à l'extrême sont dérangeants, tout comme les petits noms qu'il donne continuellement à sa femme, et qui m'ont semblé être une manière d'infantiliser une épouse jeune et maladroite. Et les circonstances de la mort de sa précédente femme ne cessent de flotter en toile de fond de cette nouvelle idylle. Vera est omniprésente. On s'interroge, on voudrait comprendre ce qui lui est arrivé... 


Une histoire profondément marquante qui révèle à quel point le mariage peut devenir - sous le couvert de l'amour - la pire des prisons, lorsqu'on est victime d'attentions quasi obsessionnelles. La fin est glaçante, sans possibilité d'évasion ou de compréhension pour Lucy.


Un récit à lire absolument !




Vera - Elizabeth Von Arnim - Editions 10-18 - Domaine Etranger - 2000



4 commentaires:

  1. Bonjour Vilvirt, Par curiosité je le lirai ou l'offrirai, tu en parles si bien.

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  2. Je n'ai pas tout lu, vu qu'il fait partie de mes prochaines lectures... j'ai quand même mis 3 ans avant de le trouver!!!

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  3. @Karine : C'est vrai que j'en dévoile un peu trop... Pas cool pour ceux qui veulent le lire... Tu verras, c'est une histoire vraiment prenante !...

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  4. @Syl : Je te le conseille vivement, Syl, je suis sûre que tu vas aimer cette auteur !

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