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dimanche 5 août 2018

Rendez-vous avec le crime (Les détectives du Yorkshire #1) - Julia Chapman


La mort est aveugle. Quand Samson O'Brien débarque sur sa moto rouge à Bruncliffe, dans le Yorkshire, pour y ouvrir son agence de détective privé, la plupart des habitants voient son arrivée d'un très mauvais œil. De son côté, Delilah Metcalfe, génie de l'informatique au caractère bien trempé, tente de sauver de la faillite son site de rencontres amoureuses. Pour cela, elle décide de louer le rez-de-chaussée de ses locaux. Quelle n'est pas sa surprise quand son nouveau locataire se révèle être Samson – et qu'elle découvre que son entreprise porte les mêmes initiales que la sienne ! Les choses prennent un tour inattendu lorsque Samson met au jour une série de morts suspectes dont la piste le mène tout droit... à l'agence de rencontres de Delilah !



Encore un livre que je me suis empressée d'acheter à sa sortie, séduite par la promesse d'une enquête cosy et une atmosphère résolument anglaise. (Et cette couverture !!!...)

J'ai eu l'enquête et j'ai eu l'atmosphère ! Ce premier tome des détectives du Yorkshire plante le décor. Nous voilà à Bruncliffe, petit village du Yorkshire dans lequel on rencontre toute une galerie de personnages atypiques (ou non) qui, tous, partagent secrets et rivalités.

Le retour au bercail d'un ancien habitant coïncide avec la découverte d'un cadavre. Samson et Delilah (ça ne s'invente pas) colocataires malgré eux, vont marcher main dans la main pour tenter de découvrir l'identité du meurtrier.

Malgré une introduction massive des personnages en début de roman qui s'est apparentée à une véritable indigestion pour moi (typiquement le genre de chose qui vous bloque et vous déstabilise) j'ai quand même apprécié cette histoire dont le point fort réside au niveau des personnages principaux, de leurs activité et de leur caractère, sans parler du cadre et de l'atmosphère. C'est donc très anglais, très cosy, et ce que j'ai apprécié, c'est que ce côté cosy soit bien dépoussiéré. Fini les vieilles dames qui prennent leur thé à cinq heures, on est sur des héros plus jeunes, plus dynamiques qui ne se contentent plus d'assister aux événements en spectateurs avisés, mais qui agissent et participent à l'action.

Si j'ai beaucoup aimé le personnage volontaire et drôle de Delilah, ma préférence va à Samson et à son lourd passé qui promet des révélations intéressantes dans les tomes à venir.

L'intrigue n'est pas exceptionnelle ni très originale. Sans être totalement prévisible, certaines choses se devinent facilement avant la fin. Mais encore une fois, l'intérêt de ce livre se trouve ailleurs, notamment dans la relation entre Samson et Delilah pleine de réparties succulentes et de légèreté, et dans les portraits des habitants du coin.

Pour ceux qui aiment ce type d'ambiance (amoureux d'Agatha Christie ou de MC Beaton), ce premier tome des Détectives du Yorkshire devrait vous plaire. Il pose les bases d'une alchimie sympathique entre deux personnages attachants et je ne doute pas que retrouver le village de Bruncliffe dans une prochaine histoire devrait être du coup très agréable. Par contre, les fans de thrillers bien morbides ou de polars bien sombres passeront leur chemin.



Rendez-vous avec le crime (Les détectives du Yorkshire #1) - Julia Chapman - 2018

vendredi 29 juin 2018

Âme-Stram-Gram - Mathias P. Sagan


À trente ans, Corentin fuit toute sa routine. Sa remise en question lui fera abandonner son compagnon avec qui il vit depuis sept ans, ainsi qu’un travail qui lui plait. Corentin n’est pas heureux. Il croit s’être trompé dans la vie. Il retourne vivre chez sa mère où il n’a pas mis les pieds depuis quinze ans. Il y retrouve David, son meilleur ami d’enfance. La mère, Corinne, et la sœur de ce dernier, Charlotte avec son fils ado de quatorze ans. Un brin arrogant, un égo dans la démesure, et un jugement préconçu sur les gens modestes, Corentin en est à la limite du détestable. Seulement, le bonheur ne se trouve-t-il pas là où on l’ignore ? 

Dans la vie, il y a des moments où l'on doute de tout : de son couple, de ses ambitions personnelles, de ses choix professionnels, bref, c’est pas la joie. Ça arrive. Et rares sont ceux qui ont le courage de tout plaquer pour recommencer à zéro. Corentin, le héro de ce livre, l'a fait. Et je crois que c'est ce qui m'a séduite chez lui : son courage et la volonté qu'il lui a fallu pour laisser derrière lui tout ce qui constituait son monde.

Âme-Stram-Gram, c’est une histoire géniale, tout simplement. Une espèce de condensé d’humour et de tendresse, ni mièvre, ni stupide, d’une légèreté absolue, qui va vous redonner le sourire. C'est un livre qui ne se prend pas la tête. Il a l'avantage de conserver un rythme soutenu du début à la fin. Le lecteur ne s'ennuie pas une seconde. Pourtant, il n'y a quasiment pas de rebondissements, si ce n'est les aléas de la vie en communauté pour un Corentin habitué à un standing nettement supérieur.

Aucun drame inutile ni rebondissements pseudo-tragiques. Juste un récit tout en simplicité et en finesse avec des personnages hauts en couleur. Et deux grands bonhommes très têtus et très bornés qui apprennent à évoluer, à tirer des leçons de leurs erreurs et à se remettre en question. Et qui manient la répartie comme personne !

Corentin et Davy s’opposent, se cherchent, se bousculent et redécouvrent l’amitié tout au long d'un récit narré comme une tranche de vie. Les membres de leur famille les entourent à leur manière, avec leurs hésitations, leur maladresse et leur franc-parler. Au fil du livre, ils nous enseignent des valeurs évidentes. Rarement, une histoire de famille m’aura autant plu. D’habitude, c'est un sujet qui me laisse relativement indifférente. Ici, pas de stéréotypes, mais des profils réalistes qui côtoient un personnage attachant en pleine recherche de lui-même.

J'ai beaucoup apprécié Corentin. Par contre, malgré les explications qui surviennent plus tard et le voile levé sur certaines incompréhensions du départ, j’ai eu plus de mal avec Davy, parfois digne d’un ado dans son comportement. Il lui reproche souvent ce qu’il ne peut pas changer, sans prendre conscience que tout quitter du jour au lendemain, c’est la preuve au contraire d’un courage exemplaire.

Bref, en dehors d'une ou deux maladresses de style, cette histoire est un sans-faute. Un roman feel-good comme je les aime, intelligent et bien écrit. Une vraie découverte de l'auteur et une première fois réussie en ce qui me concerne. Vivement le prochain.


Âme-Stram-Gram - Mathias P. Sagan - Auto-édition - 2017


samedi 23 juin 2018

La folie de ton amour - Eve Terrellon

 

« L'amour tue. » C'est ainsi que s'ouvre ce récit en forme de chronique d'un amour fou. Un amour qui éclot sur les cendres d'un autre, face au deuil, à la dépression et aux drames de la vie. Un amour pour lequel on est prêt à tout, même à se perdre. Lorsqu'Alban, jeune diplômé, s'installe sur la côte normande, louant un petit pavillon qui surplombe la falaise, il s'attend à tout sauf au rire de Cédric. Ce rire l'envoûte, le transporte et le fait basculer en un clin d'oeil, l'enchaînant irrémédiablement à la piquante insolence de son beau voisin. Cédric, lui, a déjà construit sa vie avec l'énigmatique et richissime Dimitri, son ami d'enfance. Un homme perspicace s'il en est et qui ne manque pas de remarquer l'ardente admiration que nourrit Alban. De là naît une bien étrange amitié entre Dimitri et Alban, qui peu à peu trouve sa place aux côtés du couple. Il apprend à connaître Cédric son rire autant que ses failles et ne désire plus que le protéger, quitte à s'effacer pour garantir le bonheur de l'homme qu'il aime. Quand survient le pire, c'est tout naturellement sur lui que s'appuie Cédric. Mais enivré par la confiance que lui témoigne son bel ami, Alban demeure aveugle à la détresse profonde dans laquelle se noie ce dernier. Aveugle à Cédric... et aux dauphins.

Ce bouquin, j'ai bien dû l'attendre un an depuis que l'auteur a commencé à en partager des bribes sur les réseaux sociaux. Il y a des livres comme ça, vous sentez que ça va le faire. Sans que ça s'explique. Ce que je pouvais en lire m'intriguait, me fascinait. Et quand sa sortie a été officiellement annoncée, je me suis jetée dessus, d'autant que le résumé en remettait une couche !

Donc, j'ai commencé La folie de ton amour il y a trois jours et je l'ai déjà fini, ce qui en soi, tient déjà de l'exploit. Surtout quand on sait que depuis un an, j'ai énormément de mal à aller au bout de mes livres. C'est donc un excellent point, parce que ça signifie que l'histoire m'a passionnée ! Mais je m'en doutais un peu...

Je ne vais pas parler de l'histoire en elle-même, ce serait dommage de spolier et le résumé en dit assez. Ce que je peux dire c'est que c'est un roman résolument hors norme. Tant par le choix de ses thèmes, plutôt sombres, loin des romances m/m conventionnelles, que par le style ou le ton employé. Il y a bien sûr des moments plus légers qui parsèment l'histoire avec, notamment, de très belles descriptions de la mer, du rivage, de la plage... Mais l'atmosphère accablante qu'on éprouve dès le départ assombrit le récit et pèse sur le lecteur en le poussant à s'interroger sur l'issue du drame. Le narrateur ne cherche pas vraiment à adoucir notre ressenti, ses mots sont douloureux, on vit sa peine, parfois son amertume à chaque étape du livre. 

Quant à Cédric, c'est un homme difficile à cerner, mais pas à aimer, pourtant. C'est là que l'auteur est douée : il aurait pu être agaçant, insupportable, déstabiliser le lecteur en passant d'un extrême à l'autre, mais Eve Terrellon le rend lumineux, fascinant. Aux côtés d'Alban, on fond devant ses brusques élans de tendresse et son obsession inévitable pour les dauphins.

Je sais à quel point c’est compliqué et délicat de ne pas rendre nos personnages antipathiques face aux tragédies de la vie. À ce niveau, l’auteur s'en est bien sortie. En plus de ça, à aucun moment Cédric, Alban ou Dimitri ne m’ont semblé réagir de façon déraisonnable ou incohérente. Au contraire, il y a beaucoup de justesse dans leurs actes, dans leur comportement ou leurs décisions. Je dirais juste qu'il m'a manqué un poil de sauvagerie supplémentaire concernant Alban que j'ai parfois trouvé un peu passif.

Le point négatif n'en est pas réellement un, c'est une question de goût personnel. Mais la narration à la seconde personne du singulier durant tout le récit est un peu perturbante. Pour moi, elle aurait pu être allégée, voire utilisée uniquement dans les moments forts, les tournants clés de l’histoire, mais l'auteur a choisi de maintenir cette forme tout du long. Je dois avouer qu'il en ressort un sentiment de lourdeur, surtout dans certaines scènes où, à mon sens et à cause de ce choix précis, l'action n'était pas suffisamment mise en valeur. La plume d'Eve est très belle, riche et soutenue, mais les dialogues contemporains échangés entre des personnes de moins de trente ans ont soufferts de ce style un peu précieux, parfaitement adapté à la romance historique, mais qu'ici, j'ai trouvé légèrement déplacé. On va me répondre que c'est un comble de se plaindre quand un auteur écrit bien ! Je pense juste qu'un petit peu de simplicité dans le style aurait été parfait.

Il n'empêche que La folie de ton amour est un excellent roman, bien écrit, bien pensé et passionnant. Il n'hésite pas à sortir des sentiers battus, évoquant avec justesse la profondeur des sentiments qu'on peut éprouver malgré la folie, le deuil et l'obsession. C'est une histoire d'amour puissante qui mérite vraiment d'être connue. La fin est particulièrement poétique. Je ne veux pas spolier mais, personnellement, tout sonne juste et j'aime la manière dont l'auteur brouille les limites de la réalité.

Une belle réussite.

La folie de ton amour - Eve Terrellon - Mix Editions - 2018

vendredi 22 juin 2018

Le bazar des mauvais rêves - Stephen King



« J’ai confectionné quelques petites choses pour toi, Fidèle Lecteur. Viens, assieds-toi près de moi. Je ne mords pas. Sauf que… nous nous connaissons depuis très longtemps, toi et moi, et je me doute que tu sais que ce n’est pas entièrement vrai. Hein ? »Un homme revit sans cesse sa vie (et ses erreurs), un journaliste provoque la mort de ceux dont il prépare la nécrologie, une voiture dévore les badauds... Dans ces 21 nouvelles, précédées chacune d'une introduction du maître sur les coulisses de leur écriture, Stephen King démontre une nouvelle fois sa maîtrise dans l’art du récit et le mélange des genres.Stephen King s’en donne à cœur joie. Le Parisien magazine.Une chaleureuse expérience de « littérature commentée », une berceuse complice au seuil des « mauvais rêves ». Télérama.En bonus, une nouvelle inédite.


Ça devait bien faire quelques années que je n'avais pas remis le nez dans un bouquin du King. Quoi de mieux qu'un bon recueil de nouvelles pour replonger dans son univers et réveiller mon appétit de lecture ?

Le bilan est plutôt bon. Les histoires sont certes inégales - on sent qu'elles ont été écrites à différentes étapes de sa vie - mais elles portent toutes sa patte. Certaines renouent avec son amour du gore et du fantastique complètement barré, quand d'autres se rapprochent de cet aspect psychologique très bien travaillé que j'ai notamment apprécié dans Histoire de Lisey ou La ligne verte. On passe un excellent moment. Et cerise sur le gâteau, on se retrouve souvent sur un vrai format de nouvelle avec tout ce que ça comporte, chose plutôt rare chez le King, habituellement grand amateur de novellas. Les nouvelles à rallonge, c'est quelque chose qui me déplaît. Ici, j'ai apprécié que la forme soit respectée.

Bien sûr, certains récits ont plus retenu mon attention que d'autres. Notamment Mile 81, le premier, digne de la "grande époque", qui m'a rappelé Roadmaster, Ça ou Désolation. Alors que La dune et Nécro explorent les pouvoirs de la psyché et brouillent les frontières de la réalité, Une Mort, Batman et Robin ont un accrochage et Sale Gosse évoquent au contraire la noirceur des âmes dans notre quotidien où l'absence de surnaturel est encore plus perturbante.

Certaines thématiques reviennent avec une régularité évidente. On sent les préoccupations de l'écrivain : la vieillesse, la folie, le passage du temps, l'enfance, la guerre, et le besoin de transmission.

L'explication de la genèse de chaque texte, c'est ce petit plus qui constitue au final un point fort. Il nous permet de nous immerger dans l'intimité de l'auteur et de mieux cerner ses préoccupations et ses lubies. J'adore sa manière de raconter au lecteur comment son cerveau fonctionne.

Mention spécial à Mister Yummy évoquant l'homosexualité et le sida avec beaucoup de sensibilité et une espèce de poésie sur la beauté et le désir qui m'a scotchée. Et bien sûr, on ne peut pas passer à côté du bonus Cookie Jar qui ravira les fans de La Tour sombre et des mondes parallèles.

Je ne vais parler de toutes. Chacune véhicule des émotions - terreur, surprise, nostalgie -, chacune nous interpelle, mais toutes ont quelque chose de spécial.

Bref, au moment de sa sortie, ce recueil était une vraie bonne surprise pour les fans du King qui devaient probablement patienter avant son prochain livre. Depuis, deux nouveaux sont sortis dont un co-écrit avec son fils que je vais sûrement me procurer rapidement. L'avantage avec Stephen King, c'est que, peu importe le format ou le thème, il a ce pouvoir à chaque fois de me faire aimer ce que je lis et d'adhérer à ses récits.

"- As-tu déjà entendu quelqu'un dire qu'il était trop vieux pour avoir participé à l'une des aventures militaires américaines ? Le Vietnam ? L'Irak ? L'Afghanistan ?- Bien sûr. Même si ce qu'on dit généralement, c'est qu'on était trop jeune.- Le sida fut une guerre."Ollie avait les yeux baissés vers ses mains déformées que le talent était en train de quitter."- Et je n'ai pas été trop vieux tout le temps qu'elle a duré parce que personne ne l'est quand a guerre est livrée sur son propre territoire, qu'en penses-tu ?- Je pense que c'est assez vrai."


Le bazar des mauvais rêves - Stephen King - Editions Livre de poche - 2018

vendredi 1 juin 2018

Le tatouage - Collectif

 



5 auteurs de talent autour d’un même thème, 5 interprétations différentes du Tatouage.
Juste un point dans un motif, Célia Deiana. Dans ce monde alternatif les âmes soeurs portent le même tatouage.
The hypocrite’s horror show, AurElisa Mathilde. 1958, Tenessee. Quand le surnaturel rencontre la réalité.
D’ancre à encre, Reru. Deux opposés, deux amis. De l’eau, de l’encre et de l’amour.
No futur, Soyilana. Il a été choisi. Il a maintenant 13 jours pour intégrer un groupe ou mourir.
Road Tripping, F.V. Estyer. Un road trip, deux inconnus et une semaine pour apprendre à se connaitre.


Le tatouage est un bon recueil de nouvelles qui a l'avantage de varier les plaisirs. On y trouve de tout. De la romance classique ou légère, des histoires plus réfléchies et structurées. On passe de l'Histoire à la Science-Fiction en quelques pages, et ça c'est génial. C'est toujours marrant de voir qu'un même thème inspire autant de choses différentes chez des auteurs.

La première nouvelle - D'ancre à encre - est plutôt pas mal. Et je dois dire qu'elle a failli obtenir ma préférence. Pourtant, rien d'original dans le récit, si ce n'est l'écriture. Le thème des meilleurs amis a déjà été vu et revu des milliers de fois dans ce registre. Mais ce qui en fait un texte de qualité, un texte qui sort du lot, c'est le style de Reru que je ne connaissais pas et qui allie rythme et simplicité, ce qui rend les personnages proches de nous. En plus, ça se passe en France. Juste pour ça, j'aime cet auteur qui n'hésite pas à mettre nos belles contrées en avant. (c'est tellement rare) Un petit moment très agréable avec un respect du thème central que j'ai trouvé particulièrement bien amené sur la fin.

The hypocrite’s horror show d'AurElisa Mathilde était celle que j'attendais le plus. C'est le résumé qui m'a fait acheter ce recueil. Pas l'auteur, soyons honnête, puisque je n'ai jamais été plus loin que le premier tome de Borderline. Franchement, j'ai été légèrement déçue. Le texte est original, il a le mérite d'aborder plusieurs sujets très forts qu'AurElisa a choisi de traiter sur fond d'Amérique des années cinquante et de mysticisme. Mais je l'ai trouvé un poil trop longue par rapport à ce que j'attendais, même si le récit en lui-même est intéressant. Et quoique plus long que le précédent, j'ai trouvé ses personnages bien moins définis, avec une psychologie un peu bateau qui nous empêche de nous y attacher. Par contre, l'histoire est bluffante. Je ne m'y attendais pas du tout, j'étais partie sur tout autre chose, j'ai donc été agréablement surprise. L'idée du tatouage (censée être au centre de chaque nouvelle) s'efface peut-être un peu trop facilement au profit des autres thèmes évoqués. Mais c'est une nouvelle à découvrir, en tout cas, ne serait-ce que pour son sujet.

L'une de mes préférées va à Juste un point sur un motif. D'abord pour le contexte et l'originalité de l'histoire. Cette idée d'âme-sœur (jamais nommée ainsi d'ailleurs) est incroyablement bien exploitée. J'ai a-do-ré les échanges d'Alexandre sur les forums, l'hyperréalisme de certaines situations, de certaines discussions. L'aspect sombre et déprimant qui existe derrière cette notion d'AS, qui peut être vécue comme une véritable malédiction. Loin du côté glamour et passionné qu'on retrouve souvent dans les romans. J'ai trouvé Tristan magnifique, un personnage un peu énigmatique au départ qui s'avère étonnamment profond et sensible. Même les personnages secondaires ont une densité, ils apportent quelque chose. En fait, je me dis qu'il y aurait certainement eu moyen de bâtir un roman sur cette histoire. Elle en avait le potentiel. Et alors que j'ai trouvé des longueurs dans la précédente, ici je ne voulais pas que ça s'arrête. J'ai été frustrée de la fin. Célia Deiana a vraiment une belle imagination.

Le Road tripping de FV Estyer m'a par contre laissée de marbre. Rien à lui reprocher niveau écriture. Par contre, au niveau de récit, c'est tout ce que je déteste : personnages clichés, rebondissements convenus, scènes hot sans grande originalité. Les trames se succèdent et se ressemblent (je viens de lire sa nouvelle issue du recueil d'Auriol, c'est peut-être pour ça) Même le rapport au tatouage m'a paru confus, posé là pour dire que, et je suis passée complètement à côté. Mais j'ai déjà eu cette sensation avec d'autres auteurs. Je pense juste que certains ne sont pas faits pour moi. Et pourquoi placer l'intrigue aux Etats-Unis ? Pour le road trip ? Je sais pas... Ce fantasme américain me fait toujours marrer. Autant AurElisa le justifiait par le choix de son thème, autant ici, j'ai trouvé ça inutile.

La vraie grande et belle surprise du recueil est la nouvelle SF : No Futur de Soliyana. Elle ramène avec elle un parfum de violence et de désespoir. Une véritable plongée dans les méandres d'un monde dévasté peuplé de personnages originaux et dégénérés. C'est un ovni totalement inattendu. Dans le bon sens du terme, hein. Je l'ai adorée. Il n'y a ni début ni fin, on prend les choses comme elles se présentent, en cours de route, et on adopte petit à petit Sky l'humanoïde et son compagnon d'infortune dans leur périple post-apocalyptique. No Futur est une descente aux enfers contée d'un ton froid, sans concessions. L'univers est fascinant. C'est noir, douloureux et abject, pourtant l'amour est bien présent. C'est peut-être ce que les lecteurs ont, pour la plupart, détesté. Peu ou pas de romance, mais une relation charnelle et passionnée qui défie les lois de la nature et des hommes. Une pépite au cœur d'un recueil qui serait resté, sans cela, bien trop sage.


Le tatouage -Collectif - MxM Bookmark - 2018

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